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Cheignieu-la-Balme, le blog d'un Cheignieulat de coeur.

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Promouvoir le village de Cheignieu-la-Balme, la région du Bugey et le département de l'Ain. Je dédie ce site à mon épouse Sandrine et à mes enfants Alexis et Romain.


La Chartreuse de Portes dans le Bugey.

Publié par cheignieulat avant tout sur 28 Février 2015, 09:36am

Catégories : #Cheignieu la balme

La Chartreuse de Portes dans le Bugey.

Portes, la Chartreuse des Saints, fille aînée de l'ordre Cartusien.

Située à quelques kilomètres du village de Cheignieu-la-Balme, en plein cœur des montagnes du Bugey, dans le massif du mollard de Don et à proximité du village de Bénonces, la Chartreuse de Portes est blottie en haut d'un col, à l'écart des grandes routes.

À près de 1000 mètres d'altitude, "Cartusia Portarum", la Chartreuse de Portes jouit du climat rude et sain des montagnes du Bugey. Sa situation retirée, en pleine nature, dans un silence total, favorise le recueillement et la prière contemplative des moines qui l'habitent.

Désolé, on ne visite pas la Chartreuse de Portes. Un panneau à l'entrée prévient le promeneur égaré.

En plus du chant grégorien qui leur est propre, les Chartreux ont une autre spécificité: ils ont reçu du Vatican, auquel ils sont rattachés directement, l'autorisation de célébrer la messe en solitaire, en s'autoadministrant la communion.

L'ensemble formé par les façades et les toitures fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 20 février 1947.

La correrie du monastère (ou maison basse) est située quelques pas plus à l'ouest, elle abrite encore les vestiges de l'ancienne église identifiée par un panneau d'information.

Importance et rayonnement de la chartreuse de Portes, la chartreuse des Saints.

L’un des historiens des Chartreux, Dom le Couteulx, considère que « Portes, est la fille ainée de l’Ordre Cartusien et cause de sa diffusion ».

En effet, Portes est la première maison de France à s'être ralliée à la Grande Chartreuse, à ce titre, Portes est considérée comme "la fille aînée de l'Ordre cartusien". Cet ordre, communément appelé l'ordre des Chartreux, a été fondé par saint Bruno en 1084. Vous trouverez au bas de cet article une présentation des préceptes de l'ordre cartusien.

Portes reçut également la dénomination de "Chartreuse des saints" car elle abrita à l'origine des moines de haut mérite, dont quelques-uns sont vénérés comme saints ou bienheureux : saint Arthaud, saint Anthelme, le bienheureux Ayrald, saint Étienne de Châtillon.

Certains de ces moines furent béatifiés ou canonisés:

Étienne de Châtillon, (- 1208), évêque de Die en Dauphiné.

Anthelme de Chignin, (1107-1178), évêque de Belley.

Entré à Portes en 1136, Saint Anthelme, fut rapidement appelé à la grande Chartreuse près de Voiron dont il devint le 7 ème prieur en 1139. En effet, une avalanche avait détruit le monastère qui avait été crée par Saint Bruno quelques 30 ans auparavant et Anthelme fut chargé de le reconstruire.

Dès lors, Anthelme exerça une influence prépondérante pour l'ordre cartusien.

C’est lui qui a créé la structure juridique de l’Ordre Cartusien « …sous le priorat d'Anthelme, se réunit le premier Chapitre Général (1140), à qui toutes les maisons, y compris celle de Chartreuse, remirent pour toujours leurs destinées. » Statuts I.1

En 1163, Anthelme est choisi comme évêque de Belley.

A la mort d'Anthelme le 26 juin 1178, les bougies de la cathédrale de Belley s'illuminèrent, ce miracle est évoqué sur les fresques de la chapelle qui porte son nom dans la cathédrale. Une châsse offerte par les chartreux en 1901 contenant ses reliques y est encore conservée.

Après sa mort et sa sanctification, Anthelme fut nommé saint patron de la ville de Belley. Une statue le représente sur la façade du n° 55 de la Grande rue. La maison d'accueil Saint Anthelme, ancien séminaire, porte son nom.

Chaque année, sa mémoire est célébrée par une messe à la Correrie de la chartreuse de Portes.

Ayrald, (-1160), évêque de Saint Jean de Maurienne.

Arthaud, (1101-1206), évêque de Belley.

Bernard de Portes, (- 1152), évêque de Belley.

Bernard de la Tour, (-1258), treizième général de l' Ordre des Chartreux.

Au XIIe siècle, trois de ces moines gouvernèrent presque successivement le diocèse de Belley : Bernard de Portes, Saint Anthelme et Saint Arthaud.

NB : Cet article est tiré du site officiel de l'ordre des chartreux, ordre monastique fondé par Saint Bruno. Voir lien ci-après :

http://www.chartreux.org/fr/maisons/portes/

Bref aperçu historique de la Chartreuse de Portes.

La Chartreuse de Portes a été fondée en 1115 par Bernard de Varey et Ponce, deux moines d’Ambronay, qui s’éloignèrent de l’opulente abbaye bénédictine pour se retirer au désert de Portes et se vouer, avec la permission de leur abbé, à la vie pénitente des solitaires de la Grande Chartreuse.

En cette même année 1115, Gauceran, l’archevêque de Lyon, vient visiter Bernard de Varey et ses compagnons pour lesquels il conçut un attachement semblable à celui de Saint Hugues pour les solitaires de la Grande Chartreuse ; il les prit sous sa protection et leur concéda tout le territoire dont il pouvait disposer au nom de l’Empereur.

Durant 676 ans la vie religieuse a continué dans ce désert.

Les Chartreux, dépossédés en 1791, revinrent en 1855 repeupler cette solitude pour une période de 46 ans. Il fallut la guerre d’extermination que subirent les religieux, en 1901, pour les contraindre à demander asile à une nation voisine. Leur retour a eu lieu en 1951. En 2004 il y avait dix pères (Dom), quatre frères, un novice et un postulant.

Voici quelques points de repères chronologiques :

1115: Bernard de Varey et Ponce, moines de l'abbaye bénédictine d'Ambronay, se retirent au massif de Portes, désireux de vivre la même vie solitaire que mènent depuis 1084 les fils de St Bruno dans le désert de Chartreuse.

1125: Construction du premier monastère bâti en pierre, au même emplacement que la chartreuse actuelle.

1640: Commencement de la reconstruction du monastère.

De 1660 à 1662: Une nouvelle église conventuelle est édifiée.

1789 – 1799: Pendant la Révolution française, la communauté doit se disperser. Dom Vallet demeure seul dans sa cellule jusqu'à sa mort (1799), secouru par la charité des gens du voisinage.

1855: Les chartreux rachètent Portes, dont les bâtiments ont été laissés à l'abandon par les divers propriétaires successifs. Le monastère est restauré et une communauté y reprend la vie régulière.

1901: Les chartreux de Portes doivent s'expatrier en Suisse, face à la menace des lois d'expulsion.

1951: Le monastère est racheté par l'Ordre des Chartreux.

1954: Un moine chartreux, Dom Emmanuel Cluzet, s’installe à Portes comme gardien du monastère et surveille les premiers travaux de restauration.

1970: Achèvement de la remise en état des bâtiments.

1971: Une nouvelle communauté s’y installe dont le noyau principal est fourni par la chartreuse voisine de Sélignac.

Particularités:

Avec ses 12 cellules pour les moines du cloître, et à peine autant pour les frères, la chartreuse de Portes a gardé le type traditionnel des anciennes maisons de l'Ordre.

Actuellement (année 2015), la communauté est composée de 15 moines dont 4 encore en formation. La maison compte aussi deux familiers laïcs qui partagent pour une part la vie de prière et de travail de la communauté.

Les divers âges y sont représentés avec plusieurs grands anciens et un bon groupe de moines encore jeunes. La liturgie communautaire est chantée en latin pour toutes les pièces grégoriennes (comme dans toutes les maisons de l’Ordre), et en français pour les lectures, les psaumes et les prières d'intercession.

La vie économique est assurée par un petit artisanat réalisé par les moines en cellule (notamment la confection des boîtes en bois pour l'emballage des bouteilles de la liqueur de "Chartreuse"), par quelques travaux forestiers, par des dons et par les pensions des moines âgés. Les frères assurent le service quotidien de la communauté et l’entretien de la maison.

L'hôtellerie reçoit seulement les familles des moines une ou deux fois par an.

La vie menée à la chartreuse de Portes, dans un cadre particulièrement solitaire et silencieux, au sein d’une petite communauté à caractère familial, répond bien à l’idéal de la vocation cartusienne tel qu’il a été défini aux origines de l’Ordre par St Bruno et par Guigues dans ses « Coutumes » : former ensemble une communion de solitaires pour vivre dans l’intimité la plus étroite possible avec Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, sous la douce protection de Marie, « Mère toute spéciale des Chartreux ».

La Vierge Marie est aussi la Patronne de la Maison de Portes sous le vocable de « Notre-Dame de l’Assomption ».

Je vous invite à lire l'article "Dans l'exil intérieur des Chartreux. Depuis mille ans, ils respectent l'ascèse traditionnelle." paru dans Libération de Daniel LICHT en 1998 qui traite de la vie monacale de la Chartreuse de Portes :

http://www.liberation.fr/societe/1998/08/07/dans-l-exil-interieur-des-chartreux-depuis-mille-ans-ils-respectent-l-ascese-traditionnelle_245121

Durant l’année 2006, la restauration complète de l’église du monastère a été réalisée. L’église conventuelle est le cœur de la maison.

C’est là que sont célébrés les Offices en commun : l’Office de nuit, la Sainte Messe et les Vêpres. Chaque jour, durant un moment avant Vêpres, les moines peuvent aussi y adorer leur Seigneur présent corporellement au Tabernacle. Mais en réalité, c’est toute leur vie de solitude en ermitage qui est appelée à devenir eucharistique, puisque leur vocation est de s’unir intimement au mystère pascal du Christ, le Fils bien-aimé du Père, Prêtre et Hostie de son propre sacrifice, par lequel il glorifie parfaitement le Père et sauve le monde.

Ci-après un extrait du film de Jean Claude Guerguy 1985. Texte et commentaire Gabriel Perez- Relief de France les Monastères. Archives Exclusive de Ciné Art Loisir. A travers ce reportage, vous pourrez pénétrer encore un peu plus l'esprit de cette chartreuse.

https://www.youtube.com/watch?v=y6dGwa3GnxY

Anthelme de Chignin, figure de chartreux du XIIe siècle.Anthelme de Chignin, figure de chartreux du XIIe siècle.

Anthelme de Chignin, figure de chartreux du XIIe siècle.

Fondée en 1115, la Chartreuse de Portes est l’une des premières fondations de cet ordre qui compta plus de 250 maisons.

Première maison de France à s’être ralliée à la Grande Chartreuse, Portes a été appelée : " la fille aînée de l’Ordre cartusien ". 

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La Chartreuse de Portes dans les montagnes du Bugey

La Chartreuse de Portes est aujourd’hui encore habitée par des moines, elle ne peu donc se visiter. 

 

 

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La Correrie de la Chartreuse de Portes

La correrie est située à quelques kilomètres du monastère. C’était le lieu des frères chargés des travaux matériels.

 

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Ruines de l’église romane de 1128
 

 

 
"Cartusia Portarum" la Chartreuse de Portes.
"Cartusia Portarum" la Chartreuse de Portes.
"Cartusia Portarum" la Chartreuse de Portes.
"Cartusia Portarum" la Chartreuse de Portes.

"Cartusia Portarum" la Chartreuse de Portes.

En complément de cet article,

"Le mystère de l'olifant de la Chartreuse de Portes...le cor de Roland de Ronceveaux ?"

De nombreuses revues ont parlé de l’oliphant de Portes. Sa trace a été retrouvée au Cabinet des Médailles à la Bibliothèque nationale par Mr Richard, professeur à l’Institut Lamartine à Belley.

http://www.lguyhauteville01.com/archives/2015/01/25/31396254.html

Sources :Louis Berthelon, Raymond Gramusset, Paradin, Guilhem Anelier, lucien Golvin.

L'histoire:

On dit que des bergers, entrant dans un abri sous roche appelé La Balme à Roland, situé près de la Chartreuse de Portes sur la commune d’Ordonnaz, découvrirent un très beau cor en ivoire dans son étui de cuir.

Cette découverte que l’on pourrait situer au 14 ème siècle fut remise aux Chartreux qui la conservèrent durant 4 siècles.

Vous trouverez, ci-après, sur le lien de la bibliothèque Nationale de France, la confirmation de la découverte et de l'origine de cet olifiant:

http://medaillesetantiques.bnf.fr/ws/catalogue/app/collection/record/ark:/12148/c33gbdnhr

Le site internet de Bénonces nous confirme également qu’un olifant a bien été retrouvé dans une grotte à côté des chutes de Luizet.

On apprend également sur ce dernier site que cet olifant n’est nul autre que celui de la fameuse chanson de Roland, qui sonna sa défaite contre les Sarazins à Roncevaux (Pyrénées) et porta son dernier souffle !

Au 8ème siècle, le Bugey fut occupé par les Sarazins; leur chef fut tué en 732 à Poitiers par Charles Martel, mais certains de ses hommes purent se réfugier à l’est du Rhône dans des grottes escarpées, notamment autour Bénonces où on retrouve des traces de leur passage. C'est donc, peut-être, ce qui expliquerait la présence dans le Bugey du fameux cor de Roland.

Fin 18 ème siècle, Thomas Riboud procédait à des recherches géologiques et minéralogiques dans le Massif de Portes, les chartreux lui présentèrent le cor et lui en firent don.

Comment ce cor se retrouva dans la collection d'Albert Honoré du duc de Luynes, qui fit don en 1862 des oeuvres qu'il possédait au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de France et au Louvre. Nul ne le sait !

Pour rappeler l'histoire locale, on sait que le Bugey fut investi par des bandes de Sarrasins de l’an 800 à l’an 1000, ils recherchaient sur les hauteurs des situations qui leur permettaient de contrôler les passages, c’est ainsi qu’on les trouve dans la région de Culoz, sur le haut Valromey près d’Assin.

D’après Paradin, historien de la maison de Savoie, c’est Bérold de Saxe, aidé par le seigneur de Seyssel qui chassa les sarrasins retranchés à Luyrieu, Talissieu, Ameyzieu, Cerveyrieu, Belmont et sur le massif de Portes vers Ordonnaz et Bénonces.

Peut-on faire remonter l’olifant de Portes à cette époque ?…Difficile à dire, d'autant que le fourreau dans lequel il était enfermé semble plus tardif…Sur ce fourreau de cuir, de style Hispano-mauresque, on voit, soi-disant, les armes de Blanche de Castille, mère de Saint Louis ! Ceci reste à vérifier.

Sur l'olifiant de Portes, on trouve les symboles suivants : cavalier monté sur un animal fantastique, serpent, animaux chimériques, lions qui s’affrontent, phénix, oiseaux de proie, chameau et buffle. La facture en est bien orientale et bien plus ancienne.

Comment cet olifant est-il arrivé dans un abri du Massif de Portes ? Mystère...l’énigme que pose cet objet est totale. Cependant cet objet existe, et c’est un très bel olifant exposé sans son étui de cuir, que l'on peut admirer à la bibliothèque nationale.

La Chartreuse de Portes dans le Bugey.La Chartreuse de Portes dans le Bugey.

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L'histoire se répète.....actualités:

 

Octobre 2012 : 

« Dom Dysmas de Lassus a été élu  Prieur de la chartreuse de Portes en octobre 2012 . Il succède à  Dom François-Marie Velut élu à la tête de l’ordre des Chartreux.  Très exceptionnellement, il  a accepté de rompre le silence propre à la vie monastique, pour témoigner du sens de cette vie « hors du commun » qu’il va désormais partager dans l’Ain, avec 15 de ses frères.

  

 

07 novembre 2014

Dom Dysmas élu nouveau prieur de la Grande-Chartreuse

Dom DysmasDom Dysmas de Lassus, Prieur de la Chartreuse de Portes a été élu aujourd'hui nouveau Prieur et ministre général de l'ordre.

Il succède à cette responsabilité  à Dom François-Marie Velut, qui, pour des raisons de santé, a demandé à être démis de sa charge.

Cette élection a été confirmée par le collège des Prieures et Prieurs de tout l'ordre. Les moines et moniales sont actuellemnt 350.

Dom Dysmas (Michel) de Lassus est âgé de 58 ans. Il est entré en chartreuse à 20 ans. Il a été jusqu’alors Père-Maître des novices à la Grande Chartreuse puis uis Prieur de la Chartreuse Notre Dame de Portes.

 

 

Dom Dysmas, Prieur de la Chartreuse de Portes a été élu hier Prieur et ministre général de l’Ordre des chartreux.

 

La voie cartusienne

Le but : la contemplation

« …découvrir l'immensité de l'amour. »

Statuts 35.1

Le but exclusif de la voie cartusienne est la CONTEMPLATION: par la puissance de l'Esprit, vivre aussi continuellement que possible dans la lumière de l'amour de Dieu pour nous, manifesté dans le Christ.
Ceci suppose en nous la pureté du cœur, ou la charité : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » (Mt 5.8)
La tradition monastique appelle aussi ce but la prière pure et continuelle.

Les fruits de la contemplation sont: la liberté, la paix, la joie. O Bonitas ! Ô Bonté, tel était le cri d'allégresse qui jaillissait du cœur de Bruno. Mais l'unification du cœur et l'entrée dans le repos contemplatif supposent un long cheminement, que nos Statuts décrivent ainsi :

« Qui persévère sans défaillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend à faire de toute son existence une seule prière continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat: ce sont les austérités auxquelles il s'applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l'éprouver comme l'or dans le feu. ainsi, purifié par la patience, nourri et fortifié par la méditation assidue de l'Ecriture, introduit par la grâce du Saint Esprit dans les profondeurs de son cœur, il pourra désormais, non seulement servir Dieu, mais adhérer à lui. »

Statuts 3.2

Toute la vie monastique consiste donc dans cette marche vers le lieu du cœur et toutes les valeurs de notre vie sont orientées vers ce but. Elles aident le moine à unifier sa vie dans la charité et l'introduisent dans les profondeurs de son cœur.

À vrai dire, ce n'est pas ce but qui nous distingue des autres moines contemplatifs (Cisterciens, Bénédictins…), mais le chemin emprunté, dont les caractéristiques essentielles sont :

  • la solitude
  • un certain dosage de vie solitaire et de vie communautaire
  • la liturgie cartusienne

La solitude

Nous partageons certaines valeurs monastiques avec les autres moines contemplatifs, par exemple : l'ascèse (veilles et jeunes), le silence, le travail, la pauvreté, la chasteté, l'obéissance, l'écoute de la Parole, la prière, l'humilité. D'autres nous sont propres.

La première caractéristique essentielle de notre vie, c'est la vocation de solitude, à laquelle nous sommes spécialement appelés. Le moine Chartreux cherche Dieu dans la solitude.

« Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l'âme s'unit au Verbe de Dieu, l'épouse à l'Epoux, la terre au ciel, l'humain au divin. »

Statuts 4.1

La solitude est vécue sur trois niveaux :

  1. la séparation du monde
  2. la garde de la cellule
  3. la solitude intérieure, ou la solitude du cœur
  1. La séparation du monde est réalisée par la clôture. Nous ne sortons du monastère que pour le spaciement (promenade hebdomadaire). Nous ne recevons pas de visites et n'exerçons aucun apostolat à l'extérieur. Nous n'avons ni radio ni télévision dans le monastère. C'est le Prieur qui reçoit les nouvelles et transmet aux moines ce qu'ils ne doivent pas ignorer. Ainsi se trouvent réunies les conditions nécessaires pour que se développe le silence intérieur qui permet à l'âme de rester attentive à la présence de Dieu.
  2. La Cellule est un ermitage aménagé pour assurer au Chartreux une solitude aussi complète que possible, tout en lui assurant les nécessités de la vie. Chaque cellule consiste en un pavillon à étage entouré d'un jardinet, où le moine demeure seul la plus grande partie de la journée, pendant toute sa vie.
    Coupe d'un ermitage   Cellule
    C'est à cause de la solitude que chacune de nos maisons est appelée désert ou ermitage.
  3. La clôture et la garde de la cellule n'assurent encore qu'une solitude extérieure. Ce n'est là qu'un premier pas qui cherche à favoriser la solitude intérieure, ou pureté du cœur : tenir son esprit éloigné de tout ce qui n'est pas Dieu ou ne conduit pas à Dieu. C'est à ce niveau que le Chartreux rencontre les caprices de son imagination et les fluctuations de sa sensibilité. Aussi longtemps que le moine discute avec son "moi", ses sensibilités, ses pensées inutiles, ses désirs irréels, il n'est pas encore centré sur Dieu. C'est ici qu'il fait l'expérience de sa fragilité et de la puissance de l'Esprit et qu'il apprend peu à peu « …l'habitude de l'écoute tranquille du cœur qui permette à Dieu d'y pénétrer par tous les chemins et tous les accès. » (Statuts 4.2)

Accueil ?

Les célébrations liturgiques en Chartreuse ne comportent pas de finalité pastorale. Cela explique pourquoi les personnes extérieures à l'Ordre ne sont pas admises à participer aux offices ou à la Messe célébrés à l'église de nos monastères. En raison de notre vocation de solitude l'accueil est limité aux familles des moines (2 jours par an) et aux aspirants à notre vie, que nous appelons retraitants.

Vie solitaire et vie communautaire

Une communion de solitaires

« La grâce du Saint Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l'amour, à l'image de L'Église, une et répandue en tous lieux. »

Statuts 21.1

L'originalité de la Chartreuse vient, en second lieu, de la part de vie commune qui est indissolublement liée à l'aspect solitaire. Ce fut le trait de génie de Saint Bruno, inspiré par l'Esprit Saint, d'avoir dès l'origine su allier une juste proportion de vie solitaire et de vie commune, de manière à faire de la Chartreuse une communion de solitaires pour Dieu. Solitude et vie fraternelle s'équilibrent mutuellement.

La vie communautaire se concrétise quotidiennement par la liturgie chantée à l'église, et toutes les semaines par des réunions de la communauté : le dimanche, lors du repas de midi pris en silence au réfectoire et l'après-midi pendant la récréation hebdomadaire. En outre, le premier jour libre de la semaine une longue promenade de quatre heures environ (le spaciement) durant laquelle nous pouvons parler nous permet de mieux nous connaître. Ces récréations et spaciements ont pour but d'entretenir l'affection mutuelle et de favoriser l'union des cœurs, tout en assurant une bonne détente physique.

Pères et Frères

Une communauté cartusienne est constituée de moines du cloître, prêtres ou destinés à le devenir (Pères) et des moines convers ou donnés (Frères). Les moines du cloître vivent une solitude plus stricte. Ils ne sortent pas de leur cellule en dehors des occasions prévues par la Règle, (ordinairement trois fois par jour pour la liturgie; un peu plus souvent le dimanche). Ils s'y occupent par la prière, la lecture, et le travail (sciage de bois pour se chauffer l'hiver, jardinage, dactylographie, artisanat…). Les Frères assurent par leur travail hors de cellule les divers services de la communauté (cuisine, menuiserie, buanderie, exploitation forestière…). Il s'agit d'un idéal unique, vécu de deux façons différentes. Les Frères aussi travaillent le plus possible en silence et en solitude. Ils ont leur part de vie de cellule, mais plus réduite que celle des Pères. C'est pourquoi ils habitent des cellules plus petites. Les deux formules se complètent pour constituer l'unique Chartreuse et correspondent aux aptitudes diversifiées de ceux qui désirent entrer dans la vie cartusienne.

Dans la forme de vie des Frères, il y a encore deux options possibles, celle des religieux appelés Convers (moines qui font exactement les mêmes vœux que les Pères) et celle de Donnés.

Les Donnés sont des moines qui ne prononcent pas de vœux mais, pour l'amour du Christ, se donnent à l'Ordre par un engagement réciproque. Ils ont des coutumes propres qui diffèrent de celles des convers : leur assistance aux Offices, notamment à l'Office de la nuit, est moins stricte, ils sont astreints à moins de prières vocales, etc. Ils vivent sans avoir rien en propre, mais conservent la propriété et la disposition de leurs biens. Au bout de sept ans, ils peuvent s'engager définitivement ou entrer dans un régime de renouvellement triennal de leur donation. Leur offrande à Dieu n'est pas moins vraie que celle des autres moines, alors même qu'ils s'acquittent des tâches plus difficilement compatibles avec les observances des convers.

Les moniales connaissent les mêmes types de vocations sous les noms de moniales de chœur, moniales converses et moniales données.

La liturgie cartusienne

Caractéristiques de la liturgie cartusienne

Dès leur arrivée en Chartreuse, Saint Bruno et ses compagnons constituèrent une liturgie particulièreadaptée à leur vocation érémitique et à la dimension réduite de leur communauté. Au cours des siècles, nos pères ont veillé à conserver cette liturgie propre, accordée à notre vie solitaire et contemplative.
En comparaison avec la liturgie romaine, le rite cartusien se caractérise par une grande simplicité et unesobriété au niveau des formes extérieures, qui favorisent l'union de l'âme avec Dieu, par delà les expressions visibles et sensibles.

Quelques éléments de notre liturgie :

  1. de nombreux temps de silence
  2. l'interdiction de tout instrument de musique
  3. le chant grégorien, porteur d'intériorité

La célébration quotidienne de la liturgie

La célébration du sacrifice eucharistique est le centre et le sommet de la vie communautaire :

  • chaque jour les moines se rassemblent pour célébrer la Pâque du Seigneur. Cette eucharistie ne peut être concélébrée que les jours où la vie cartusienne revêt un caractère communautaire : dimanches et grandes fêtes. Les autres jours il n'y a qu'un seul célébrant à l'autel, et la prière eucharistique est dite à voix basse. La communauté participe à cette liturgie eucharistique par le chant grégorien, la prière intérieure et la communion.
  • À un autre moment de la journée, chaque moine prêtre célèbre les saints mystères dans une chapelle solitaire, faisant sienne la portée universelle propre au sacrifice eucharistique.

Une autre temps fort de la journée liturgique est celui de l'office célébré à l'église au milieu de la nuit(Matines et Laudes) : durant deux ou trois heures, suivant les jours, alternent chant de psaumes et lectures de l'Ecriture Sainte ou des pères de l'Église, temps de silence et prières d'intercession. Tous les Chartreux aiment particulièrement ce long office de nuit où chacun, uni a tous ses frères, mais néanmoins d'une manière personnelle, peut vivre une intense et profonde communion avec Dieu.

Le chant noté (antiennes, répons, hymnes, propre de la messe, Kyriale) est toujours en latin, selon les mélodies grégoriennes propres aux chartreux. Certaines maisons de l'Ordre chantent la psalmodie en vernaculaire, d'autres en latin. Les lectures sont en principe en vernaculaire. En cellule on peut dire l'office en latin ou en vernaculaire.

Vers la fin de la journée les moines se retrouvent de nouveau à l'église pour célébrer l'office des Vêpres. Les autres parties de l'office sont célébrées par chaque moine dans sa cellule, excepté les dimanches et certains jours de fête où elles sont chantées à l'église. En plus de l'office divin, les Chartreux récitent chaque jour en cellule l'office de la Vierge Marie et une fois par semaine un office spécial à l'intention desdéfunts : ils intercèdent alors auprès de Dieu pour qu'il accueille dans son Royaume éternel tous ceux qui ont quitté cette vie.

Grâce à la liturgie, la Chartreuse ne reste pas un groupement de solitaires isolés entre eux, elle devient une véritable communauté monastique, manifestant ainsi le mystère de l'Église et y trouvant sa place par le culte public qu'elle rend à Dieu.

Au cœur de l'Église et du monde

« Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c'est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant. »

Statuts 34.2

La louange

Le Chartreux n'a pas choisi la solitude pour elle-même, mais parce qu'il voyait en elle un excellent moyen, pour lui, de parvenir à une plus grande union avec Dieu et avec tous les hommes. C'est en entrant dans la profondeur de son cœur que le Chartreux solitaire devient, dans le Christ, présent à tout homme. Il se fait solitaire parce qu'il se veut solidaire. Les contemplatifs sont au cœur de l'Église. Ils accomplissent une fonction essentielle de la communauté ecclésiale: la glorification de Dieu. Le Chartreux se retire au désert avant tout pour adorer Dieu, le louer, le contempler, se laisser séduire par lui, se donner à lui, au nom de tous les hommes. C'est au nom de tous qu'il est mandaté par l'Église pour être un permanent de la prière.

L'intercession

Depuis toujours l'Église reconnaît que les moines voués à la seule contemplation remplissent un rôle d'intercession. Représentants de toute la création, chaque jour, à tous les offices liturgiques et lors de la célébration de l'Eucharistie, ils prient pour tous les vivants et tous les défunts.

Témoignage

« Tournés, de par notre profession, uniquement vers Celui qui est, nous témoignons face au monde trop absorbé par les réalités de la terre qu'en dehors de Lui il n'est point de Dieu. Notre vie montre que les biens du ciel sont déjà présents ici-bas; elle est un signe avant-coureur de la résurrection et comme une anticipation de l'univers renouvelé. »

Statuts 34.3

Pour le solitaire, porter un tel témoignage ne se réalise ni par la parole, ni par un contact personnel. Par sa seule présence, le moine témoigne que Dieu existe et qu'il peut combler le cœur de l'homme.

La pénitence

La démarche ascétique associe le Chartreux à l'œuvre du Christ, pour le salut du monde :

« Par la pénitence nous prenons part à l'œuvre rédemptrice du Christ. Il a sauvé le genre humain, captif et accablé sous le péché, surtout par sa prière vers le Père, et par son immolation; en nous efforçant de nous associer à cet aspect le plus profond de la rédemption, et malgré notre abstention d'activité visible, nous exerçons l'apostolat de manière éminente. »

Statuts 34.4

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