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Cheignieu-la-Balme, le blog d'un Cheignieulat de coeur.

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Promouvoir le village de Cheignieu-la-Balme, la région du Bugey et le département de l'Ain. Je dédie ce site à mon épouse Sandrine et à mes enfants Alexis et Romain.


Maquis de l'Ain et du Haut-Jura "L"esprit de France vit encore"

Publié par cheignieulat avant tout sur 17 Mars 2012, 17:34pm

Catégories : #Cheignieu la balme

     

 

       

 

 

Les maquis de l'Ain et du Haut-Jura sont des groupes de résistants français ayant opéré et s'étant cachés dans les montagnes et forêts du Bugey et du Haut-Jura.

Voir également le maquis d'Ambléon en cliquant sur le lien suivant :

 vivreachirens.pagesperso-orange.fr/documents/dossiers/Ambleon.pdf   

 
Après l'armistice du 22 juin 1940, la division entre zone occupée et zone libre place le Bugey du côté zone libre mais tout proche de la ligne de démarcation. L'armée secrète va être particulièrement active dans l'Ain ; En effet, sur les huit camps de maquisards recensés en 1943[24], un certain nombre se situe dans le Bugey ; en particulier, le plus ancien d'entre eux, le camp de Chougeat, dans le Haut-Bugey, ouvert en mars 1943, qui regroupe une soixantaine de maquisards sous le commandement de Charles Bletel[25]. Lui-même, à l'instar des commandements des autres camps de la région est placé sous la direction du capitaine Henri Romans-Petit ; celui-ci va d'ailleurs conduire la première action d'envergure du maquis de l'Ain et du Haut-Jura : la prise du dépôt d'intendance des Chantiers de la jeunesse à Artemare, dans le Bas-Bugey, où le commando prend les uniformes que les maquisards utiliseront lors du défilé du vingt-cinquième anniversaire de l'Armistice de 1918. En effet, le 11 novembre 1943, 200 maquisards défilent en armes, à Oyonnax. Suite au défilé, les Allemands se rendent à Oyonnax en décembre 1943. Le maire, Paul Maréchal et son adjoint, Auguste Sonthonnax, sont fusillés un mois après, le 11 décembre 1943[26]. Quelques semaines plus tard, la presse anglo-saxonne diffuse l'information concernant le défilé qui, dit-on, a achevé de convaincre Winston Churchill de la nécessité d'armer la Résistance française[27]. Oyonnax fut récompensée de son enthousiasme par la Médaille de la Résistance qui figure sous son blason ; cette décoration fut également attribuée à la ville de Nantua[    

Histoire

Prélude

Lors de l'occupation de la France par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, la France est découpée en deux parties soumises à deux législations. Entre les mois de juin 1940 et novembre 1942, le département de l'Ain est inclus dans la zone libre soumise au Régime de Vichy avec pour seul exception le Pays de Gex qui fait partie de la zone interdite.

 

 

 

Des lois sont alors mises en place dès le 4 octobre 1940 pour placer les « les étrangers de race juive » dans des camps d'internement français. Les persécutions étant plus nombreuses vers la fin de l'année 1942, une part de la population décide de porter secours aux victimes et forme les premiers groupes de résistance civile. De plus, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord et dès le 14 décembre 1943 les Allemands offrent de brutales offensives sous forme de représailles, d'exécutions et de rafles.

 

 

        LE CAS EXEMPLAIRE DE L'ORGANISATION DES MAQUIS DE L'AIN

 

 

Dès 1941, des élèves du lycée Lalande à Bourg-en-Bresse décident de s'unir pour s'opposer au Régime de Vichy. En octobre, ils créent alors un groupe de six personnes dont les actions sont la distribution de tracts et journaux clandestins. D'autres élèves rejoignent le groupe qui compte jusqu'à trente membres à la fin de l'année. Le mouvement s'élargit grâce aux internes qui créent également des groupes dans leur communes d'origine Pont-de-Vaux, Nantua, Bellegarde-sur-Valserine, Oyonnax et Belley. Le groupe acquiert le nom des Forces unies de la jeunesse en novembre 1942.

 

Dans un même temps, l'occupant met en place le service du travail obligatoire, couramment abrégé STO, et qui consiste à envoyer des travailleurs français en Allemagne pour participer à l'effort de guerre allemand. À partir de la fin de l'année 1943, l'envoi ne se fait plus sous la forme de volontariat, donc pour y échapper, une partie des réfractaires décide de former les Uni­tés combattantes du maquis. La topographie du département de l'Ain, situé en partie dans le massif du Jura permet la création de camps de maquis dans les montagnes et la pratique de la guérilla. Par ailleurs, la Bresse et la Dombes sont constituées de plaines et sont donc des lieux stratégiques pour effectuer les opérations aériennes de la Royal Air Force. Le département est également situé à la frontière avec la Suisse permettant de s'évader et de créer des réseaux de renseignements.

 

 

LE HASARD D'UNE RENCONTRE QUI DEVIENT CAPITALE

Comme le cite Alban VISTEL dans 'Visages de l'Ain' n° 138 : 'Dans le monde clandestin de la Résistance, l'intervention du hasard ne laisse pas d'être souvent déterminant. Des rencontres insignifiantes en temps normal font éclore des événements aux projections imprévisibles'.

 

 

Marcel DEMIA

 

Marcel DEMIA, maraicher/horticulteur à Ambé­rieu et résistant indépendant, passe la Noël chez des parents à St-Étienne.

Au cours du sé­jour, il rencontre Henri PETIT. Les deux hommes viennent à échanger quelques mots sur les évé­nements. Après une prudente approche la confiance s'installe et la discussion se déroule franchement. Les deux hommes s'aperçoivent qu'ils sont engagés dans un même combat.

 

Henri PETIT    Henri Romans-Petit        

 

 

Alias : "Romans"

Fils d’un agent des chemins de fer, Henri Petit est né le 13 février 1897 à Firminy dans la Loire.

Il fait ses études au lycée de Saint-Etienne et s’engage en 1915 pour la durée de la guerre au 13e Bataillon de Chasseurs. Promu caporal puis sergent, il est cité à l'ordre de l'Armée et décoré de la Légion d'Honneur.

Admis à Saint-Cyr en 1918 au titre des réserves, il en sort aspirant. Muté dans l'Aviation, il rejoint alors l'escadrille B.R.127 affectée au bombardement de jour. Il est nommé sous-lieutenant avant d'être démobilisé.

Reprenant ses études à Lyon, il obtient sa licence en droit et s'occupe alors des relations publiques et de la publicité pour des maisons d'édition.

Il crée en 1928 à Saint-Etienne l’agence de publicité Stefa.

 

Capitaine de réserve dans l'aviation, il est rappelé en août 1939 et commande les bases aériennes de Cannes et de Nice.

 

 Dès 1941, on le retrouve au réseau 'ESPOIR' dirigé par Jean NOCHER à St-Etienne (Loire) jusqu'à l'arrestation de celui-ci en 1942.

 

 Refusant l'armistice de juin 1940, il tente en vain de rallier le général de Gaulle à Londres.

 

Henri Petit séjourne ensuite à Saint-Etienne et y crée l'un des premiers réseaux de résistance avec Jean Nocher. Pendant deux ans avec ses amis du réseau "Ali-Tir", il participe, sous le nom de "Romans" à des opérations de renseignement et de réception de parachutages.

 


Henri Romans-Petit

 

 

Henri PETIT interroge Marcel DEMIA sur ce qui se passe dans l'Ain, sur les actions entreprises face à la Relève.

Marcel DEMIA lui fait part de ses difficultés : il a placé dans les fermes des jeunes qui ont refusé de partir en Allemagne. Maintenant il souhaiterait trouver un officier d'ac­tive ou de réserve pour s'occuper d'eux.

 

Vivement intéressé, Henri PETIT demande des précisions, s'enquiert de la nature du relief, puis promet de venir voir dans l'Ain et de faire quel­que chose pour 'ses petits gars'.

 

En janvier, Henri PETIT tient parole et se pré­sente à Ambérieu.

DEMIA l'emmène chez Marius CHAVANT à Montgriffon.

 

Désormais, Henri PETIT va séjourner dans ce secteur et étudier ce qui peut être réalisé.

 

En 1942 Henri Romans-Petit arrive dans l'Ain où il établit immédiatement des contacts avec la Résistance. Au bout de quelques mois, en décembre 1942, il commence à organiser l’hébergement de réfractaires du STO.

 

Il crée en juin 1943, près de Mongriffon, une école de cadres pour former les maquisards dont le nombre augmente sans cesse dans la région.

 

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Marius CHAVANT

 

Adjoint au maire de Montgriffon.
Assure le gîte et le ravitaillement des premiers réfractaires qui deviendront maquisards.

Fusillé le 9 février 1944 par la milice en représailles, lors de l'opération «Caporal» de l'armée Allemande du 5 au 13 février 1944

 

 

 

 

 

 

 

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Le camp de la ferme des Gorges   

 

Nous sommes au début de Juin 1943, Marius CHAVANT adjoint au maire de la commune, indique au Capitaine MOULIN (Henri PETIT) qui deviendra le Capitaine ROMANS, la ferme abandonnée des Gorges pour rassembler les premiers réfractaires qui deviendront maquisards de l'Ain.

Le 10 juin, dans cette ferme, peu avant midi, se présente un homme trapu au regard direct : MOULIN chef des Maquis de l'Ain.
Julien ROCHE lui établira une carte d'identité au nom de ROMANS, domicilé «22, rue de Rozier à Ambérieu en Bugey» (aujourd'hui rue de la République).

 

Une petite anecdote amusante mérite ici d'être soulignée : c'est à cette époque et dans ce camp où le "capitaine" va installer son PC que Julien ROCHE lui propose le nom de guerre de "RO­MANS", considéré comme étant plus en rapport avec l'aventure dans laquelle il s'est engagé, que celui de MOULIN utilisé jusqu'à ce jour. Ce nom "ROMANS" lui restera désormais à vie.

 

"Le CAPITAINE", c'est ainsi que l'on nomme maintenant Henri PETIT, va regrouper en premier, faute de moyens financiers, uniquement les réfractaires en situation difficile. Ceux dont l'oisiveté, la dureté des conditions de vie et l'impression d'abandon, favorisent l'angoisse et un éventuel découragement.

La ferme des Gorges est choisie par Marius CHAVANT pour sa situation géographique répondant à la doctrine de "guérilla".

Une vingtaine de garçons formeront ce premier camp du secteur de Montgriffon qui fera date dans l'histoire des maquis de l'Ain. Car une différence fondamentale existe entre ce re­groupement de la ferme des Gorges et d'au­tres camps-refuge aux effectifs souvent plus im­portants et de création nettement plus ancienne. Celui-ci dirigé par un jeune officier d'active recru­té peu de temps auparavant par le "Capitaine" est, de par son organisation et ses objectifs, le point de départ des unités combattantes des maquis de l'Ain.


La ferme des Gorges

 

 

     

 

 

Mise en place des camps

Organisation

Dans un premier temps, le capitaine Henri Romans-Petit rassemble une vingtaine de personnes réfractaires au STO et dont les conditions de vie sont les plus difficiles. Il craint un découragement de leur part et les placent dans la ferme des Gorges, suivant les conseils de Marius Chavant, adjoint au maire de la commune de Montgriffon, pour l'avantage de son emplacement géographique favorable à la mise en place de stratégies d'attaques. C'est une ferme abandonnée et isolée, le hameau le plus proche est celui de Résinand. Elle est située au fond d'un ravin à proximité immédiate d'un grand pré en pente et adjacente à un ruisseau. Manquant de moyens financiers pour l'achat de nourriture, il laisse les autres possédant un travail se loger chez des cultivateurs ou des artisans tout en conservant leur contact.

 

L'école des cadres est assurée par Pierre Marcault, elle a pour but de former les différents chefs des maquis. Le 14 juillet 1943, de nombreux résistants se regroupent à la ferme de Terment pour célébrer la fête nationale malgré l'interdiction du Régime de Vichy. Les premiers groupes de maquis sont ainsi constitués et les promus de l'école des cadres répartis dans différents camps à Granges, Cize, Chougeat, Corlier et le Retord.

 

ORIGINE DU GROUPEMENT SUD - Mai 1943 - Fév. 1944

Carte de l'emplacement des camps et terrains d'atterrissages clandestins

 

 

La guérilla excluait les concentrations d'hommes trop importantes, facilement repérables, donc vulnérables, difficiles à encadrer et à contrôler.

 

 

La guérilla excluait les concentrations d'hommes trop importantes, facilement repérables, donc vulnérables, difficiles à encadrer et à contrôler.

 

De petites unités mobiles, souples, autonomes, reliées entre elles et au poste de commandement par un système de liaison éprouvé, étaient plus efficaces et viables.
Le capitaine ROMANS limite l'effectif d'un camp à une soixantaine d'hommes. Au-dessus de ce chiffre, l'administration d'une unité est trop lourde, au-dessous, il est difficile d'assurer correctement le service de guet, les corvées de ravitaillement et de camp et les séances d'instruction.

«La Croix» lieu de rassemblement entre Hotonnes et les Plans pour les camions du camp Morez le 11/11/1943 en vue du défilé historique d'Oyonnax. Il était aussi un point de repère pour accéder aux fermes de Morez, Deschapoux et Combettes
Bien qu'on inculque aux cadres les éléments d'une même doctrine de guérilla, une certaine diversité confère à chaque camp sa propre originalité. Des contrastes, des particularités se dégagent, en fonction du tempérament et des idées du chef de camp, des sources de recrutement de chaque unité.

- le camp Verduraz :
Ce camp a été formé par le Capitaine Henri PETIT (ROMANS) en juillet 1943 à la ferme de Terment.
Fin 1943, le camp comprend environ 45 hommes, commandés par Jean VAUDAN (VERDURAZ), assisté d'Hubert MERMET, un élément incontournable des camps maquis.

- le camp de Morez
La ferme de Morez, ouverte à la mi-août, abrite les réfractaires de la région de Bellegarde, chassés du Trou du Gros Turc par une opération GMR (Groupe Mobile de Réserve).
Fort d'une quarantaine d'hommes dès août 1943, le camp, suite à l'afflux de réfractaires et de volontaires, est divisé en 2 unités le mois suivant avec celui des Combettes.

L'ensemble est placé sous le commandement de Pierre MARCAULT. Les frères Julien et Marius ROCHE, Charles FAIVRE, GRELOUNAUD, Roger TANTON, Jacques THEROND, Christian FINALY forment l'ossature des camps de Morez.

- le camp des Combettes situé à 1 km de celui de Morez
Il a été créé le 10 octobre 1943 par le prélèvement de maquisards sur le camp de Morez. Maurice NICOLE, transfuge de l'organisation TODT, en est l'animateur avec Jean-Baptiste ZWENGER.
Le camp des Combettes a pour caractéristique la grande diversité des origines géographiques de ses éléments.
Fin 1943, ils sont une cinquantaine.

- le camp de Pré-carré
Créé début novembre par de LASSUS, le camp de Pré-carré s'était implanté au nord d'Hotonnes. Fin 1943, l'effectif du camp ne dépasse pas la cinquantaine d'hommes. Le père SEIGLE est également à l'origine de la création de ce camp.

- le camp de Chougeat
Implanté depuis mars 1943 au signal de Chougeat, ce camp était le plus ancien du département. Cette qualité «d'ancêtre» lui conférait un certain prestige. HYVERNAT, PIOUD, PERRIN, ECQUOY sont parmi les pionniers.
A cette époque, il regroupe une soixantaine de réfractaires.

- le camp de Granges
Ce camp a été formé le 19 septembre 1943 par la fusion de 2 groupements de réfractaires menacés par les forces de répression : Catane de Prosper MIGNOT et Sièges avec JOYARD, et VAREYON-DET
Constitué de groupes déjà soudés par quelques semaines de clandestinité et d'apprentissage du maquis, Granges a très tôt été d'une solide cohésion, animé par Georges BENA, PAUGET, DECOMBLE et DEGOUTTE.
Fin 1943, le camp regroupe 60 à 70 hommes.

Ci-contre,
la levée des couleurs au camp des Granges


- le camp de Cize, commandé par Charles BLETEL
Créé en juin 1943, le camp de Cize demeure jusqu'à la fin 1943 au dessus de Chalour sur la falaise dominant le barrage de Cize-Bolozon.
Charles BLETEL et Edouard BOURRET (BRUN), sont bien épaulés par les SIXDENIER, BUFFAVENT, GUILLOT, BIDE, LOUVEAU, BONDUE entre autres.

Le développement de ce camp correspond au déclin et à la dissolution de celui de Chavannes. Point de départ des hommes du coup de main sur l'usine du Creusot le 16 décembre 1943.
Le 14 juillet 1944, Charles BLETEL est fusillé par les allemands à Echallon. Il sera remplacé par Edouard CROISY jusqu'à la libération.
Levée des couleurs au camp de Cize en septembre 1943



- le camp de Georges BENA dit «MICHEL»
Ce camp exemplaire par sa discipline est installé à la ferme de Pray-Guy à Brénod en novembre 1943. Prospert MIGNOT, Pierre JEANJACQUOT, Roger LUTRIN dit MARCEL, Paul PAUGET dit ROBERT, Georges GOYARD dit GABY, André JUILLARD dit GOYOT, Roger DEGOUTTE encadrent les 80 hommes de ce camp, en particulier chargé de la protection rapprochée du PC et de la mission interalliée installés à la ferme du Fort sur Brénod.

le camp ROLLAND
Il sera formé un peu plus tard.

Parmi tous ces camps, le camp de Morez a été choisi pour être visité par la mission interalliée ROSENTHAL (CANTINIER) et HESLOP (XAVIER), le 1er novembre 1943 en présence du Capitaine ROMANS.
Ce jour là, Pierre MARCAULT en opération extérieure a choisi Julien ROCHE pour présenter le camp où flottait le drapeau à croix de Lorraine (uniquement pendant cette cérémonie).
Etaient présents à cette cérémonie, outre ROMANS, Edouard BOURRET (BRUN), et Maurice MORRIER (PLUTARQUE)

Conclusion de la commission : «Magnifique tenue, équipement parfait et armement assez poussé, moral très haut.»


Effectif des maquisards début janvier 1944

Le cahier des effectifs maquisards répartis dans les camps des groupements nord et sud placés sous le commandemant de ROMANS PETIT début janvier 1944 est arrêté au nombre de 454.

Il est probable que la marge d'erreur possible tourne autour d'une trentaine d'hommes déclare Marius ROCHE, qui s'est chargé d'établir ce cahier au poste de commandement départemental.
Ce chiffre se rapproche de celui de 485 (qui parait plus probable aux données chiffrées) transmis à Londres par l'opérateur radio de la mission interalliée O.D. JOHNSON.

Avec l'accord du Colonel Henri GIROUSSE, ce cahier a été déposé aux Archives Départementales de l'Ain le 13 octobre 1994



Les Frères Julien et Marius ROCHE à la ferme de Morez sur Hotonne

Pierre MARCAULT avec sa «Sten»

 

 

 

 

Au même moment, les contacts se multiplient entre le maquis de l’Ain et l’Armée secrète (AS). En septembre, sous la direction de Romans-Petit, les maquisards réalisent deux coups d'éclat : ils prennent un dépôt d'Intendance des Chantiers de Jeunesse à Artemare  où le commando prend les uniformes que les maquisards utiliseront lors du défilé du 11 novembre 1943 et l'Intendance de l'Armée à Bourg-en-Bresse.

 

La réussite du coup d'Artemare sur le camp de jeunesse n°43

fait basculer les maquisards du camp de réfractaires dans celui de rebelles...

 

 

Cette année 1943 restera d'abord, pour les maquis de l'Ain, celle de toutes les audaces. Elle annonce et prépare, au dernier trimestre surtout, les premières semaines glaciales de 1944 qui allaient être si souvent celles des grands affrontements meurtriers.
L'audace, - un cri de lumière qui hurlait déjà si fort dans la bouche de DANTON -, est une qualité cardinale qui inspire et motive tout homme engagé dans le combat. Ceux qui sont passés par les Ecoles de guerre le savent bien : sans audace le soldat, - avec ou sans uniforme -, risque fort de s'embourber vite dans la résignation.

Plan du camp d'Artemare

 

 

Le coup de main d'Artemare, en septembre 1943, s'inspira de cette vertu. En même temps qu'il retentit lui aussi comme un "coup de tonnerre", il se voulait exemplaire, mieux "Dans le Département apparemment mis en sommeil par l'occupant et ses alliés de Vichy, écrit Pierre MARCAULT, le chef qui s'investit totalement dans cette opération, ce coup de main fut reçu comme la démonstration évidente de l'existence d'un puissant mouvement d'opposition armée".
Artemare n'offrit nullement l'apparence d'un acte isolé. Tout allait être méticuleusement, soigneusement préparé. Rien de l'opération ne fut laissé au hasard. Ainsi en décidèrent en conscience les responsables,Henri PETIT (ROMANS), ses adjoints Henri GIROUSSE (CHABOT) et Noël PERROTOT (MONTRÉAL) ; et aussi, bien sûr, MARCAULT et Maurice MORRIER (PLUTARQUE), à qui revient d'avoir lancé l'idée de l'expédition.

De quoi s'agissait-il ? Vers la fin de l'été 1943, à une époque où grossissent rapidement les ef­fectifs de tous ceux qui refusent Vichy et sa honteuse collaboration, les maquis sont inquiets. Non qu'ils mettent une seconde en doute la force et la volonté de leur engagement, mais ils sont bien obligés, - eux les soldats de l'ombre, donc clandestins -,d'apporter une solution satisfaisante à la situation matérielle de leurs camps. Il n'est pas d'armée, fut-elle clandestine, sans intendance. Les armes et le gîte, c'est primordial certes, mais il surgit des carences qui ne peuvent se prolonger : celle, notamment, essentielle, qui touche aux équipements vestimentaires.
L'hiver est proche en cette fin 1943... L'hiver, le froid et toutes les intempéries probables d'une mauvaise saison (et nul ne peut alors prévoir à quel point elle sera terrible), seront un obstacle auquel il faut faire face le plus vite possible. Ce ne sont pas les maigres baluchons que portent les "petits", arrivés dans les camps le plus souvent avec des tenues d'été, qui déversent sur ceux qui ont choisi d'être maquisards en France les vêtements chauds et les chaussures dont ils auront bientôt impérativement besoin...

Alors quoi ? Eh bien, le maquis de l'Ain n'hésitera pas une seconde. Nul ne donnera tort à ses chefs : pour habiller, réchauffer les hommes, dont certains "dépenaillés, loqueteux, traînent quelques misérables hardes qu'ils nettoient et reprisent de leur mieux" (cf. voix du maquis 2ème trimestre 1983), on décide un raid sur l'entrepôt des Chantiers de Jeunesse, implanté à Artemare, où sont stockés des effets neufs et de solides chaussures. Un vrai trésor de guerre, en quelque sorte !

UN BUTIN SÉDUISANT 6 000 PAIRES DE CHAUSSURES!

PLUTARQUE a obtenu de son ami Paul DEBAT (JACQUES) un inventaire des stocks, une évaluation du personnel de protection et des systèmes de sécurité. Sage précaution...
Quand les acteurs du "coup" d'Artemare remuent avec nostalgie leurs souvenirs, des figures surgissent, hautes et pures, marquées souvent d'une certaine noblesse. La mémoire de MARCAULT, qui exerça parmi d'autres missions, celle de commandant des trois camps installés sur le plateau d'Hotonnes, a conservé intactes, avec émotion, les silhouettes de nombreux compagnons, dont celles de ces deux maquisards soviétiques, NICOLAS et YVAN qui, au terme de mille périgrinations, vinrent se joindre aux maquisards de l'Ain qu'ils épaulèrent avec courage dans leur combat. Et notamment à l'occasion du coup de force d'Artemare.
Artemare ? «Aucun de nous, reconnaît MARCAULT, n'y avait jamais mis les pieds ! » Il fallut donc sérieusement engager des actions de reconnaissance. L'opération envisagée devait "redonner confiance et enthousiasme... En comblant cette déficience épouvantable du manque de chaussures, le moral pourrait se rétablir à un excellent niveau !".

Tout ne fut pas facile. Six points sont à neutraliser sur un terrain inconnu de deux hectares, peuplé de nombreux baraquements tous occupés... On apprendra tout de même, - et c'est bon pour le moral ! -, que le magasin général d'habillement d'Artemare fournit la région. Ce n'est donc pas "un petit dépôt secondaire comme prévu". On parle de 6 000 paires de chaussures, et l'équivalent en lingerie, vêtements et autres équipements.

Pourtant on renoncera une première fois à lancer le raid. Un constat commun : il faut mieux préparer le coup, et non pas l'entreprendre avec des moyens trop faibles, et donc risquer de ne pouvoir "piquer" que quelques paires de chaussures sur un stock de 6 000... car on ne pourra pas refaire le coup une deuxième fois au même endroit.
Une logistique plus affinée va donc se mettre en marche.
MONTRÉAL sera chargé de recruter véhicules et chauffeurs. Quant à PLUTARQUE, il mettra en dérangement le central téléphonique des PTT afin que toute communication soit coupée entre Artemare et Virieu. MARCAULT se consacrera au "déménagement" proprement dit. Les édifices jouxtant le camp, l'emplacement de la gendarmerie, sont repérés l'un après l'autre.
Trouver des véhicules lourds... Jean MIGUET va s'en charger. Jusque là, le maquis ne dispose que d'un camion de 2,5 tonnes (conducteur Maurice DUCLOT) et la "maquisette", au volant de laquelle opèrent soit Octave TARDY soit René JOMAIN (plus connu sous le nom de I"`ARBALÈTE!".
Passons sur tous les préparatifs que suppose un raid que l'on veut bien, cette fois, pleinement réussir... Des pages entières, où s'entremêlent des points d'attention dignes d'un grand état-major et des anecdotes savoureuses, où se côtoient les prévisions chronologiques et les réactions imprévues des hommes impatients et fin prêts pour l'assaut, ont été magistralement écrites par Pierre MARCAULT. Nous ne pouvons malheureusement, dans le cadre d'un simple article, reproduire ce témoignage de chef et d'historien scrupuleux.

Retenons donc, en nous efforcant de ne rien trahir en trop abrégeant, quelques unes des dispositions prises tout au long de ces jours fiévreux de septembre qui ont précédé le coup de main. Roger TANTON s'occupera des sentinelles (car, évidemment, le camp est gardé...), Roger GRELOUNAUD de la Gendarmerie, Julien ROCHE des chefs de camp, et son frère Marius de la neutralisation des gardes à l'intérieur du magasin.
MARCAULT coordonnant le tout, responsable de l'opération : le «chef d'orchestre» !

On notera au passage que rien n'a échappé aux "cerveaux" du raid d'Artemare... Un agent de liaison n'a-t-il pas livré aux opérateurs un produit indispensable, à savoir un bon anesthésique !. A la fois du chloroforme et du chlorure d'éthyle, qui endormiront, si besoin est les opposants...

"NE CRAIGNEZ RIEN... NOUS SOMMES LES GARS DU MAQUIS"

Vendredi 10 septembre, minuit : "par équipes constituées, la file indienne, les hommes quittent Morez et se fondent dans la nature" note MARCAULT.

Un peu plus tard, à l'heure prévue (2 h 30), le camp des Chantiers de Jeunesse ne sera qu'à quelques centaines de mètres des maquisards répartis en groupes, dont chacun a son rôle à jouer.
Tout à côté d'ici, les gendarmes sont couchés, à l'exception de l'homme de veille. Le brigadier, réveillé en sursaut, se frotte les yeux et pousse un soupir de soulagement : `j'ai eu peur que ce soit les Chleus ou les Italiens...". Ils seront tout de même ficelés, attachés sur leur lit ou couchés sur le plancher. Le sommeil sera facilité par quelques gouttes de chlorure d'éthyle, comme prévu...

Mais comment se déroule l'opération à la maison des chefs et au magasin ? Fort bien, merci... Une vraie ambiance de fête ! La description qu'en fait MARCAULT mérite la citation : "L'endroit ressemble à une fourmilière. Tout le monde, sans exception, gens du Poste de commandement, chauffeurs, tous les gars disponibles s'en donnent à coeur joie. Du 1er étage, les sacs et les chaussures volent pour atterrir aux pieds des équipes de ramassage qui les entassent dans des camions. Des piles de blousons, de parkas, du matériel de campement, etc. : c'est l'embouteillage des heures de pointe !. L'agitation est indescriptible. Le Patron mène le bal, charriant les colis, transpirant à grosses gouttes, plaisantant et riant à gorge déployée. Marius ROCHE est hilare. Il m'accueille d'une grande claque dans le dos et se rue à nouveau au fond du magasin, pour rejoindre les autres".

Quelques secondes encore. Pour calmer une turbulence qui se propage dans une certaine baraque-dortoir, un gars de surveillance, Christian FINALY, lance d'une voix apaisante : "nous sommes des gars du maquis, vous n'avez rien à craindre !". De son côté, Julien ROCHE rassure également les occupants de la baraque des chefs des chantiers en répétant : "vous n'avez rien à craindre !".

Il est 3 h 15. L'opération a duré 45 minutes, comme prévu. Pas de coup de feu. Mais il y eut lutte avec le gendarme (armé, lui...) qui fut maîtrisé de force.
Pétrifié par la peur, un garde des chantiers, acculé au mur, répète, le regard hagard : "ne me tuez pas !". Il paraît si inoffensif que personne ne songera à lui arracher des mains la hache qu'il tient, sa seule arme...

Le chargement est terminé. Les véhicules sont "pleins à craquer", commente "l'ARBALÈTE", heureux. Il reçoit l'ordre à son tour, après que le chef eut vérifié que personne ne manquait -, de mettre en marche son camion, qui boucle le convoi. "Derrière nous, commente MARCAULT, la nuit se referme sur le camp d'Artemare, aussi silencieux qu'à notre arrivée. Seul continue à briller le magasin de toutes ses lumières, comme une salle de bal abandonnée".

UNE NUIT DOUBLEMENT FÉCONDE

Cinquante années plus tard, le jugement porté par l'Histoire sur le "coup" d'Artemare rejoint celui, tout à fait limpide, entaché d'aucune ambiguité, qui fut unanimement émis au lendemain des faits.
A savoir, s'il est vrai que l'événement ne revendique pas d'avoir été un fait d'arme éblouissant, qu'il a néanmoins permis au maquis de retirer un bénéfice certain sur deux points principaux.

D'abord, très concrètement, les maquisards, enfin correctement vêtus, vont pouvoir résister au dur climat hivernal qui les attend. Tous les hommes des camps ralliés aux maquis ont pu être équipés, et même il y aura des réserves d'équipement... (A ce sujet, il faut préciser que la charge utile totale des cinq véhicules était de 11 000 Kgs transportables. Si l'on tient compte du poids approximatif des hommes - environ 3 000 Kgs -, on peut estimer que le "fret" disponible dont on fit bon usage fut de huit tonnes...).

Deuxième point, sur un plan psychologique celui-là. On va enfin admettre que ces maquisards tant décriés par Vichy, présentés à la population comme des réfractaires "sans foi ni loi", constituent bien une force tout à fait structurée et organisée... "L'opération d'Artemare devenait donc, non pas une marque d'hostilité envers les autorités, concluera MARCAULT, mais un véritable acte de guerre qui faisait basculer les maquisards du camp de réfractaires à celui de rebelles".
Et cela était d'une grande importance. La reconnaissance des "Soldats de l'Ombre" est en marche en cet automne, tout frémissant de ferveur patriotique, qui ne demande qu'à exploser au grand jour. La nuit d'Artemare demeurera une nuit féconde. Elle sera le prélude, deux mois après seulement, au jour de grande clarté d'Oyonnax.

 

En octobre 1943, Romans-Petit devient chef militaire, responsable de l’Armée secrète (AS) pour le département de l'Ain. Le 11 novembre 1943, il organise le célèbre défilé d'une partie de ses troupes (250 hommes) à Oyonnax. Devant une foule médusée puis ravie, il dépose une gerbe en forme de Croix de Lorraine au monument aux morts avant de quitter la ville en bon ordre. Le défilé d'Oyonnax, filmé par le fils de Henri Jaboulay, abondamment raconté par la presse clandestine et la radio de Londres, a un impact très important sur la population française et sur les Alliés pour lesquels la résistance armée française a désormais une existence concrète.

 

 

L'événement phare de l'automne 1943

Le défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax : un défilé d'une audace inouïe, mais d'abord le défi courageux des maquisards de l'Ain          

 

    

Aux rendez-vous de l'Histoire, - la grande, celle qui a forgé la Nation -, les Pays d'Ain ont inscrit leur date : 11 novembre 1943.
De GAULLE l'a saluée comme un événement majeur qui força la reconnaissance de la Résistance française par les Alliés, Alban VISTEL écrit qu'elle fut le coup de tonnerre qui creva la nuit oppressante de l'Occupation, Henri PETIT (ROMANS) vit en elle le témoignage de l'existence d'une armée dont "ni les soldats, ni les officiers ne ressemblaient, même de loin, à des terroristes". Et beaucoup d'autres voix, on le verra, ont exalté, magnifié l'éclat de ce jour-là.

Les maquisards portent le drapeau à croix de Lorraine

 

 

Plus de soixante années ont passé. Mais que l'on imagine aujourd'hui quel formidable culot poussa ces quelque cent cinquante maquisards de France et leurs chefs, venus en camions de leurs repaires montagnards du Bugey, à défiler au grand jour (et pas n'importe lequel !), à la barbe des nazis, dans une ville de la France occupée...
Eurent-ils sur-le-champ pleinement conscience, en ce jour interdit parce qu'il commémorait la victoire des poilus de 14-18 sur les Allemands, qu'ils venaient, ces maquisards de chez nous, de signer un "coup" dépassant de loin la symbolique pure, un "coup" qui interpella si fort CHURCHILL et ROOSEVELT qu'il allait débloquer le largage tant attendu des parachutes porteurs de containers chargés d'armes et de vivres ?

A elle seule, l'inscription vengeresse barrant la gerbe déposée au pied du monument aux morts d'Oyonnax proclamait toute sa charge provocante : "Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18".
Explosion de cris, de hurrahs, d'applaudissements : en cet instant, sans doute, les maquisards de l'Ain ne pensaient sûrement pas qu'ils venaient d'écrire une page forte de l'Histoire de leur Pays... Ils goûtaient l'ivresse forte d'une heure extraordinaire, savourant la joie immense d'être réchauffés par la fraternité chaleureuse des populations oyonnaxiennes éberluées... Et cet accueil, en réponse à leur défi, les paya au centuple de leur audace.

«NOUS ALLONS FRAPPER UN GRAND COUP...»

Défi ? C'en était un, à coup sûr, dont "l'initiative et par conséquent le mérite", écrit le Colonel Henri GIROUSSE (ex-capitaine CHABOT, commandant le groupement sud) en reviennent au capitaine ROMANS". C'est lui qui avait réuni quelques jours auparavant, à son P.C. de Granges, ses principaux adjoints : CHABOT, mais aussi Noël PERROTOT (alias MONTRÉAL , commandant le groupement nord) et RAVIGNAN. L'un des buts de l'expédition était "de montrer le vrai visage du maquis, encadré par de vrais officiers français, à la population civile, plus ou moins endoctrinée par la propagande de Vichy".
C'est à CHABOT, un ancien de Saint-Cyr, que fut confiée la mission d'organiser le défilé. Entreprise lourde de risques multiples !
... Car nul ne peut supposer, même après un demi-siècle, qu'une démonstration d'une envergure telle, aux conséquences imprévisibles, ait pu relever d'une banale improvisation ! "Je pensais surtout à la menace pesant sur les populations de nos amis civils sans défense", craignait CHABOT à juste titre ... "Et pourtant, avec le recul, on peut affirmer que le défilé des maquis, le 11 novembre 1943, a été non seulement un grand succès, mais une opération positive et bénéfique". Ce que traduit aussi par une autre formule le Lieutenant DE LASSUS, commandant la 1 ère section : «Trois ans après la honte de 40, un drapeau français, des soldats de chez nous, osaient se montrer à découvert, malgré les troupes d'occupation !».

Tout fut donc minutieusement préparé. Il fallait neutraliser les forces de police ou de gendarmerie, heureusement complices grâce à des hommes de la trempe du Capitaine VERCHERE, qui sera plus tard déporté. Il fallut aussi se procurer, bien évidemment, des véhicules. Une camionnette avait même été remise par le Père Supérieur (déporté et mort en Allemagne) de la Trappe des Dombes fin août 1943. Elle servit pour le transport du 11 novembre.

Une brochette de garçons enthousiastes et dévoués s'occupèrent tout spécialement des conditions, pour le moins hasardeuses, de l'approvisionnement en essence. S'il faut citer quelques noms, - entreprise délicate car elle entraînera inévitablement quelques omissions involontaires -, surgissent des figures comme celles de Jean MIGUET et son équipe de Hauteville, Octave TARDY, Michel PENON, Emile CARRIER... Et tant d'autres encore, dont celle du Lieutenant BRUN, celles des équipes de neutralisation de la ville, des résistants d'Oyonnax, bien évidemment, rassemblés autour du Lieutenant CURTY (BOUDET), Chef de l'A.S. - secteur C6, du Professeur Elie DESCHAMPS (RAVIGNAN), des familles MOIRAUD et JEANJACQUOT.

Tout semble prêt. "Nous allons frapper un grand coup", prévient ROMANS, en serrant la main de Pierre MARCAULT, responsable des Fermes "Morez" et des "Combettes", et auquel vont être confiées, on va le voir, d'importantes et nouvelles responsabilités dans la conduite du défilé. "Nous allons frapper un grand coup : défilé drapeau en tête, dans une ville du département. Le lieu et la date ne sont pas encore arrêtés, mais il faut tout de suite vous y préparer".
Bien sûr que oui, l'on s'y prépare ! On sensibilisera l'opinion : les officiers seront en tenue, les hommes en uniforme. On dût trouver un drapeau certes, mais aussi des clairons, des tam­bours... et même quelques paires de gants pour la garde du drapeau. Car ce ne sont pas des marginaux qui vont avancer au grand jour dans le centre d'Oyonnax, mais des patriotes français, propres, résolus et disciplinés. Et surtout grisés de liberté ; d'une liberté qu'ils sou­haitent faire partager à leurs compatriotes étouffés sous la botte ennemie.

Le 11 novembre au matin, "Dans l'aube froide et cotonneuse", tel­le que la décrit MARCAULT, la colonne des maquisards, patau­geant dans la neige, s'ébranle enfin. Un peu plus bas, on s'en­tasse dans les camions soigneu­sement bâchés. Direction enfin révélée : Oyonnax.
Les routes de montagne sont périlleuses. A tout moment, l'ennemi peut intercepter le convoi. Passons sur les difficultés im­prévues rencontrées sur le tra­jet, sur les retards, les craintes d'être confrontés à une panne de moteur (ou de carburant)... Quant à l'itinéraire, soigneuse­ment étudié, il sera ainsi fixé : le convoi s'ébranlera du Grand ­Abergement. On filera par Le Poizat, Lalleyriat. On traversera la RN 84 à Moulin de Charix. On grimpera aux abords du lac Genin, avant de déboucher sur Oyonnax par la forêt d'Échallon.

Nous voici maintenant proches du lieu... et tout près de l'instant que retiendra l'Histoire.
Le dispositif du défilé, lui aussi, a été scrupuleusement arrêté. ROMANS marchera en tête avec, à ses côtés, le capitaine JABOULAY, puis le Lieutenant Charles MOHLER (DUVERNOIS), le Lieutenant Lucien BONNET (DUNOIR) de l'État-Major régional R1. Suivra le drapeau avec sa gar­de. Roger TANTON, mitraillette au poing ouvre la marche.

Ce sont trois sections, fortes chacune d'une trentaine d'hom­mes, qui défileront derrière le drapeau.
De LASSUS avancera en tête de la première section : à ses côtés, les frères jumeaux Marius et Julien ROCHE. Pierre MAR­CAULT commandera la seconde section, et CHABOT la troisiè­me, que "bouclera" en serre-file VERDURAZ.

Le drapeau ? C'est Raymond MULARD qui aura l'honneur de le porter. On l'a prévu au camp de Morez, comme pour toute la garde. Les hommes se sont en­traînés à défiler. De même l'équipement touchant au dra­peau a été récupéré à Hotonnes et Ruffieu (notamment auprès du curé et du secrétaire de mai­rie). Car il fallait aussi, - et ce n'était pas un détail mineur -, quelques paires de gants blancs. "Les miens, a précisé MULARD qui le tenait de son vieux copain Raymond COM­TET, avaient été portés par une jeune femme qui s'était mariée huit jours plus tôt !".
Quant à Pierre CHASSE (LU­DO), il se souvient qu'on lui re­mit, quelque part à l'entrée d'Oyonnax, une gerbe en forme de grande croix de Lorraine fleu­rie : "Un peu encombrant et pas très discret, jugea-t-il, ce "pa­quet" ; quand on se ballade seul sur une route !".
Peu après, alors que les unités de maquisards sont fin prêtes, et que les hommes de protection, mitraillette au poing, sont en pla­ce, LUDO remettra la gerbe à Julien ROCHE, qui avancera aux côtés de son frère Marius, tandis que lui, LUDO, trouvera une place à gauche de la garde d'honneur du drapeau.

UNE MARSEILLAISE MÊLÉE DE LARMES...

Il est près de midi. Le Patron (entendez par là, bien sûr, RO­MANS-PETIT) se tourne vers ses hommes : - "Les Maquis de l'Ain, à mon commandement"
Cet ordre que le chef vient de hurler, devant une population abasourdie, il résonne encore dans les oreilles de tous les ac­teurs survivants de ce grand moment, cinquante ans plus tard. Le clairon sonne la garde. MULARD dresse bien droit son cher drapeau, et porte sur la poi­trine sa croix de guerre 39-40.
Depuis la place de la Poste jus­qu'au monument aux morts, les clairons et les tambours ryth­ment la marche. "Aucun de ceux qui ont participé à cette cérémo­nie, commente CHABOT, ne peut oublier l'ambiance excep­tionnelle qui s'est créée peu à peu pour atteindre l'un de ces sommets qu'il est rare de vivre dans toute une existence".

ROMANS dépose la gerbe bar­rée de sa fière inscription. La "Marseillaise" s'élève, enflée par la foule, une "Marseillaise" mê­lée de larmes, "qui surgit, gros­sit, monte...".
«Cette Marseillaise ce n'est pas celle des aires d'aérodromes ou des quais de gares, mais celle des soldats de l'an II de la République» comme le dira plus tard Daniel MAYER, Président du Conseil Constitutionel, lors d'un discours au Val d'Enfer à Cerdon.

On acclame les gars du maquis, on les entoure affectueusement. On leur donne ce que l'on a sous la main : un peu d'argent, des cigarettes et, bien plus que cela, des cris d'encouragement et de réconfort. Des hommes, des femmes, des jeunes et d'an­ciens poilus de 14-18 se jettent dans les bras de ces maqui­sards en poussant des cris d'al­légresse. On chante : "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine". Un seul mot peut ré­sumer l'instant : le délire. Ce jour-là, soldats en uniforme pour la parade de l'honneur, ces hommes venus de tous les hori­zons de la province profonde, de toutes conditions et de toutes confessions, animés par le seul souci de redonner liberté et grandeur à leur pays asservi, ces hommes ressembleraient pour l'éternité aux soldats de l'An Il. Il arrive que sur sa route, très rarement, l'Histoire se répè­te... Oyonnax connut ce rarissi­me privilège.

Il faut repartir. Vite laisser derriè­re soi les ovations d'une popula­tion comme prise de folie. On embarque dans les camions. Di­rection : les camps où se prépa­rent de nouvelles luttes, où s'en­traîneront toujours davantage de patriotes en vue d'affrontements futurs. Nul ne sait, le soir, quand chacun, le coeur léger, repasse dans sa mémoire fraîche les images hautes en couleurs et en cris d'allégresse d'un exploit qui a sublimé tous les coeurs, nul ne sait de quoi sera fait l'an 1944 tout proche, et quand sonneront enfin les cloches de la Libéra­tion...

Le coup d'audace d'Oyonnax, on l'a dit, allait connaître un retentissement extraordinaire "que nul parmi nous n'avait prévu" re­connaît CHABOT qui rappelle qu'à Londres, Emmanuel d'AS­TIER de la VIGERIE, en informe lui-même Winston CHURCHILL. Alban VISTEL lui aussi confir­mera cette précision à CHA­BOT : «Cet exploit, c'est autant la réussite de ceux qui défilèrent que de ceux, infiniment pré­cieux, dont la tâche plus obscu­re mais essentielle fut, à l'arriè­re, d'assurer la protection par tous les moyens».

Les Maquis de l'Ain venaient de gagner une bataille pour la libération de la France. "L'esprit de la France vit encore", écri­vaient, quand leur parvint l'infor­mation, les journaux de Grande ­Bretagne, d'Amérique et des pays neutres, relatant les cir­constances incroyables de ce défilé, un sursaut d'hommes vo­lontaires épris de liberté.

Les conséquences de l'exploit furent immédiates, on le sait : CHURCHILL annonça à Em­manuel d'ASTIER de la VIGE­RIE : "J'ai décidé d'armer la Résistance Française". Ainsi, la France résistante tout entière al­lait bénéficier du défilé d'Oyon­nax.

Et sans doute est-ce en pen­sant au courage des auteurs de ce "coup" que plus tard André MALRAUX, évoquant l'engage­ment des premiers maquisards, s'écriera : "Pour la première fois depuis son désastre de 1940, la France occupée, martyrisée, fait à nouveau entrer sa voix à tra­vers le monde libre. Elle s'enga­geait bien sur la voie de l'effort, du sacrifice et du sang".

Organisation du défilé des Maquis de l'Ain

Film du défilé réalisé par MARC, fils de Henri JABOULAY.
Format : .avi, Taille : 9.5 Mo

La Voix du Maquis


Devant l'Hotel de ville, les porteurs de la gerbe. De gauche à droite René ESCOFFIER, Julien ROCHE, Marius ROCHE et DE LASSUS ST GENIES

Retour des Maquisards dans les camps sous les acclamations de la population

 

A la fin de l'année, alors que les effectifs paramilitaires de l’Ain (AS et maquis) atteignent 2 000 hommes, il prend en main les forces clandestines et l’AS de Haute-Savoie en remplacement du commandant Vallette d’Osia ; il y applique les mêmes principes que dans l'Ain : école de formation des cadres, action brève et repli rapide. Il est en liaison avec Londres par le biais de la mission "Musc" composée de Jean Rosenthal (Cantinier), chargé de l’inspection des maquis, et de Richard Heslop (Xavier) du SOE britannique. Pour répondre au besoin de parachutages d’armes, il choisit le plateau des Glières près d'Annecy où, en janvier 1944, sont rassemblés tous les maquisards du département.

 

Il regagne l'Ain après avoir confié le commandement des Glières à "Tom" Morel.

 

Lorsque, le 5 février 1944, 5 000 Allemands appuyé par de l’aviation attaquent en masse les camps du maquis de l’Ain, y massacrant les maquisards, Romans-Petit se rend immédiatement sur place ; à ski, il part à la recherche des rescapés, passant au travers du dispositif allemand. Il réorganise ensuite le maquis et rencontre les responsables des forces du Haut-Jura.

 

Le 6 avril 1944, plusieurs milliers de soldats de la Wehrmacht sont rassemblés dans la région d'Ambérieu et donnent l’assaut le lendemain. Le colonel Romans-Petit décide alors de disperser les maquis ; ceux-ci organisent néanmoins des opérations de sabotage de nuit. Les Allemands se vengent sur les villages d’Oyonnax et de Saint-Claude, entre autres.

 

Le 6 juin 1944, prévenus du débarquement, les maquisards détruisent le dépôt d'Ambérieu, plaque tournante du réseau ferroviaire du sud-est. Cinquante-deux locomotives et dix machines outil sont rendues inutilisables. Le même mois Henri Romans-Petit est fait Compagnon de la Libération par décret du général de Gaulle.

 

LA BATAILLE DU RAIL ET LE PLAN VERT

Opération sur le centre ferroviaire d'Ambérieu en Bugey

Une action à haut risque dans la nuit du 6 au 7 juin 1944

Le centre ferroviaire d'Ambérieu en Bugey, au carrefour des lignes conduisant vers Bourg-Paris, Bourg-Strasbourg, Lyon-Marseille, Culoz-Genève, Culoz-Chambéry et l'Italie, est d'une importance stratégique capitale pour les communications allemandes.
Sabotage ferroviaire
- Le matériel roulant compte un nombre de 60 à 100 locomotives, réparties entre le parc, le camp, les voies de raccordement, la grande et la petite rotonde.
- Pour entretenir ce matériel, des installations spéciales : ateliers de réparations avec machines-outils, levage, vérin, ensemble soudure,...
- 3 plaques tournantes (des deux rotondes et du parc)
Les plaques tournantes commandent l'entrée et la sortie des rotondes et du parc. Une plaque tournante détériorée, aucune locomotive ne peut plus passer et celles qui sont à l'intérieur ne peuvent plus sortir. Elles sont donc prises au piège.
- Un ensemble autonome, constitué une grue de 50 tonnes, indispensable pour réduire les déraillements. Cet ensemble comporte avec la grue de 50 tonnes, une locomotive, deux wagons pour le personnel de manoeuvre et de protection, deux wagons blindés avec un armement très sophistiqué : mitrailleuses lourdes et canons automatiques de 20 mm pour la défense anti-aérienne, mitrailleuses légères, mortiers et armes individuelles.

L'importance du centre d'Ambérieu est telle que les Allemands ont affecté à la protection du dépôt et de la gare, une garnison qui permet d'avoir jour et nuit, 50 hommes de garde. De plus, il y a, à proximité immédiate d'intervention, les unités qui gardent les installations de la Base Aérienne d'Ambérieu et des dépôts de munitions de Leyment. Enfin, une unité d'intervention d'un effectif de 100 à 200 hommes est à l'instruction au Château de Douvres. Il est bien évident que nous ne pouvions rien entreprendre contre un tel ensemble défensif aussi longtemps que nous n'aurions pas les moyens nécessaires ou une occasion favorable pour mener une action décisive. Nous n'aurions rien pu faire sans la participation des cheminots.

L'OPÉRATION

Nos camions ont roulé de nuit dans un blackout total. Heureusement Jo PETTINI connaît bien l'itinéraire et nos chauffeurs sont entraînés à ce genre de sport. Nous avons fait un grand détour pour aborder Ambérieu par le sud et nous nous arrêtons à 500 mètres du pont de l'Albarine. C'est là qu'est fixé notre rendez-vous avec les cheminots. Nous faisons la dernière partie du parcours à pied, en file indienne et en silence.

Il est minuit trente. La mise en place s'est effectuée comme prévu. Le ciel est couvert, il pleut légèrement, c'est un temps idéal pour nous. Heureusement que les cheminots seront là pour nous conduire vers les objectifs. Les équipes de sabotage se forment dans le plus grand silence. LOUISON a pu contacter NICOLE et VERDURAZ et tout se présente bien. Une déception cependant, la grue de 50 tonnes a quitté Ambérieu dans la soirée en direction de Lyon. Elle ne sera pas au rendez-vous.

Il nous reste à attendre l'heure H. Nous regardons fréquemment nos montres, nous parlons tout doucement de choses anodines pour essayer de penser à autre chose, mais comme tous les combattants les ont connues, nous vivons quelques minutes d'angoisse dans l'attente de l'action. Je me demande encore une fois si tout a bien été prévu car lorsque l'action sera déclenchée, je ne pourrai plus intervenir puisque nous n'avons pas de postes radio.

0 heures 50 - Deux des équipes dont l'objectif est plus éloigné, se mettent en route.
7 juin - 1 heure 00 - La sirène déclenchée par LEMITRE hurle. Cette sonnerie, dans la nuit, à la minute prévue, nous apporte un soulagement, mais elle produit en même temps un effet saisissant. Elle se prolonge et sonne longuement et il semble qu'elle sonne plus fort et plus longtemps que d'habitude.

Toutes les équipes se sont élancées, dans la nuit, colonne par un, avec les cheminots en tête de chaque équipe vers chaque objectif comme suit
- Gaston BRUCHER : le parc ;
- Marcel LASSUERE : le raccordement
- André MAGDELAINE et Marcel FOSSERIER : le camp
- Roger PECAUT et Henri PASSARD : la Grande Rotonde ;
- Julien GOYET, Georges MUTEL et Marcel DUTISSEUIL : la petite rotonde ;
- Louis JASSERON : l'atelier du vérin ;
- Georges BUTTARD : l'atelier de levage ;
- Antonin CHENAVAZ : l'ensemble soudure.

Les équipes sont à peine parties que des coups de feu éclatent dans la nuit. Et puis ce sont des hurlements, des cris de frayeur. Je m'avance sur les voies toujours accompagné de Camille TRABBIA et nous trouvons MAZAUD (Jean SIGNORI) en train de maîtriser un Allemand que SOUPOLAIT vient de désarmer. Le prisonnier est complètement affolé. Il crie sans que nous parvenions à le faire taire. Toujours des coups de feu et soudain, très près de nous, des sommations en allemand, toujours dans la nuit noire. Le prisonnier en profite pour essayer de se sauver, mais il sera abattu aussitôt. MAZAUD poursuit sa mission tandis que je retourne avec TRABBIA vers l'élément de recueil. Mais toujours des coups de feu, des coups de fusils ponctués par des rafales d'armes automatiques.

Je suis très inquiet et me demande si nous ne sommes pas tombés dans un guêpier, et si nous allons pouvoir remplir notre mission. Je crains surtout que nous ayons des pertes. Le temps me paraît long, lorsque soudain une violente explosion illumine la nuit. Je reconnais le bruit très sec que fait le plastic, en explosant. D'autres explosions se succèdent rapidement et pendant une trentaine de minutes c'est un véritable et grandiose feu d'artifice. A plusieurs reprises, une explosion plus violente que les autres (les plaques tournantes sans doute!).

Je suis donc rassuré en ce qui concerne la mission et les explosions auront été si nombreuses que bien des habitants d'Ambérieu son persuadés qu'il y a eu bombardement aérien.
Mais des coups de feu isolés continuent à troubler le silence de la nuit, tandis que le retour des différentes équipes vers notre point de recueil s'avère très long. Le sergent SOUPOLAIT repart avec son groupe sur les voies pour essayer de retrouver des isolés et il a l'occasion d'abattre un deuxième Allemand. Finalement il manque encore cinq hommes lorsque je donne l'ordre de repli en demandant aux cheminots d'attendre encore pour les récupérer, mission qu'ils acceptent bien volontiers avec leur dévouement habituel, d'autant plus volontiers que les premiers compte rendus font apparaître une réussite totale de l'opération.

Le retour au camp s'opère sans encombre mais notre inquiétude ne sera dissipée qu'au lever du jour lorsqu'une liaison des cheminots nous apprend que les absents sont en lieu sûr, et qu'un enfant de troupe, légèrement blessé à la cuisse, a été conduit tout naturellement chez Marcel DEMIA.

Nous avons en même temps un premier bilan de l'opération
- 52 locomotives hors service.
- une plaque tournante très endommagée (celle du parc), les deux autres immobilisées pour quelques jours.
- les machines-outils détériorées.
- tous les objectifs ont été atteints sauf l'atelier de levage où BUTTARD a été accueilli par des rafales de mitraillettes. Il a essayé de pénétrer par une autre voie, mais là aussi les Allemands étaient restés à leur poste. BUTTARD dit « La Butte » est furieux. Cet homme à l'aspect rude et bruyant est en réalité un garçon sensible au coeur sur la main.

Il ne s'avoue pas vaincu et dit à André MAGDELAINE : «Je n'ai pas pu faire mon boulot de nuit, je le ferai de jour». Effectivement, le 1 7 juin vers treize heures, au moment où les ateliers sont vides, BUTTARD vient placer ses charges et en plein jour, l'atelier de levage est à son tour complètement neutralisé. Un tel acte de bravoure et de patriotisme mérite notre admiration.


Récit par le Commandant Henri GIROUSSE (CHABOT)

Pose d'explosifs sur la voie

 

Le 11 juillet 1944, les Allemands tentent une contre-offensive d'envergure avec quelque 27 000 hommes. Les 5 000 maquisards du colonel Romans-Petit parviennent à résister malgré de violents combats. En septembre l'Ain est libéré.

 

Après la guerre, Henri Romans-Petit reprend son métier de publicitaire. Il est également administrateur de sociétés, notamment dans l'électronique.

 

Président d'honneur des Anciens des maquis de l'Ain et de Haute-Savoie et président de l'Association nationale des Résistants de l'Air, il est également membre du comité directeur de la LICRA.

 

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre et notamment Les Obstinés et, en 1974, Les Maquis de l'Ain.

 

Henri Romans-Petit est décédé le 1er novembre 1980 à Ceignes dans l'Ain. Ses obsèques se sont déroulées devant le mémorial du Val d'Enfer à Cerdon (Ain). Il a été inhumé au cimetière d'Oyonnax.

 

       

 

Admirable meneur d'hommes aux incontes­tables qualités d'organisateur, énergique et déterminé, Henri PETIT est arrivé dans le dépar­tement de l'Ain en janvier 1943.
Rapidement considéré comme indispensable à l'organisation régionale, il sera à cet effet dési­gné comme responsable de la mise en place des maquis du département en août 1943.

 

          


Ravitaillement entre les fermes de Morez et des Combettes en août 1943

Ferme de Terment le 14 juillet 1943

 

 

 

 

Le chant des Partisans

Paroles: Maurice Druon, Joseph Kessel.

Musique: Anna Marly 1943

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève....

Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute....

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh....

       

 

A la mémoire de celles et ceux qui ont combattu l'occupant nazi.

 

Le Mémorial des maquis de l'Ain et de la Résistance est située sur la commune de Cerdon, situé dans le Haut-Bugey. Sa construction est décidée par l'Association des anciens du maquis de l'Ain présidée par le colonel Henri Romans-Petit et débute le 26 juin 1949 pour une inauguration le 29 juillet 1951. Elle est financée par l'État français, le département de l'Ain et des dons privés. Le corps d'un maquisard inconnu y est inhumé lors d'une cérémonie présidée par Gaston Monnerville le 20 mai 1954 puis un cimetière réunissant 88 maquisards est ensuite créé puis inauguré le 24 juin 1956 par le Général de Gaulle. La citation de Louis Aragon issue du dernier vers de La Chanson du franc-tireur de Louis Aragon « Où je meurs renaît la Patrie » est gravée sur le monument[29].

 

 


       L'engagement résistant dans l'Ain

Dans l’imaginaire collectif, la Résistance est souvent identifiée au Maquis, par suite de l’importance qu’il a pris en France et particulièrement dans l’Ain. Si le maquis regroupe le plus grand nombre de résistants, résumer la Résistance aux actions armées des maquis est réducteur. Cet ouvrage propose une relecture de la Résistance dans l’Ain à travers le parcours d’hommes et de femmes.

L'engagement Resistant Dans L'ain - Collectif- Musees Des Pays De L'ain
Parution : 11 Juin 2012
Prix indicatif : 27.00 €

 

Actualités

CORNATON Philippe Samedi 21 juillet 2012 à 1h58

Paul Morin partage ses Mémoires de résistant

Vendredi 13 juillet, Paul Morin a remis symboliquement un exemplaire de son livre au préfet Philippe Galli                               

« Vous êtes rentré par là, vous ressortirez par là ». Cette phrase, Paul Morin ne l’a jamais oubliée. Elle était prononcée par l’officier allemand qui l’accueillit à Dachau en mai 1944. Le jeune résistant burgien venait de passer le panneau d’entrée du terrifiant camp de déportation quand le nazi lui montra du doigt la fumée s’échappant des cheminées surmontant les fours crématoires… Par chance, sa connaissance de la langue germanique le sauva du tragique sort que subirent des millions de déportés. L’ancien pensionnaire du lycée Lalande fut envoyé dans un commando de travail à Allach pour rédiger des rapports de contrôle de production de carters d’huile pour BMW.

Son passage dans les couloirs de la mort, son engagement de jeune résistant au lycée à Bourg, Paul Morin les narre dans un livre de Mémoires, « J’ai eu vingt ans à Dachau ». L’ouvrage publié d’abord en série limitée à destination des anciens combattants (300 exemplaires ont été financés par l’Office national des anciens combattants) fera l’objet d’une diffusion plus large, auprès du grand public. « Car ce témoignage écrit avec sobriété, sans pathos ni grandiloquence, a valeur d’exemple », plaide le colonel Bernard Janvier, président de la section départementale des membres de la Légion d’honneur. Cet ancien officier sapeur-pompier et ancien élève de M. Morin, quand il enseigna en petite classe à Charles Robin puis à Carriat, a concouru avec le professeur d’histoire Patrick Subreville à l’enrichissement documentaire du récit. Car à l’origine, ce travail de Mémoires consista pour l’auteur à laisser un simple témoignage à ses petits-enfants. Les notes dactylographiées et imprimées sont heureusement tombées entre les mains de Bernard Janvier. Ce dernier a convaincu l’ancien résistant devenu un personnage politique de premier plan dans l’Ain (maire de Bourg de 1989 à 1995, premier vice-président du Conseil général de 1988 à 2001), d’en faire un ouvrage de référence.

Vendredi 13 juillet, Paul Morin a remis symboliquement un exemplaire de son livre au préfet Philippe Galli. Le résistant a déclaré en pensant à ses futurs lecteurs : « je souhaite à tous ceux qui le liront qu’ils apprennent à sa juste valeur ce qu’est la liberté ». Au-delà des faits relatés, il y a une attitude. A l’âge – 17 ans – où dans ce XXIe siècle débutant, les ados jouent virtuellement à la guerre sur internet, lui, a choisi consciemment et courageusement de rejoindre le réseau bien réel de la résistance à l’occupant. Et de risquer sa vie pour continuer, libre, son existence d’homme.

Philippe Cornaton 

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 Lagnieu Devoir de mémoire

par Le journal du Bugey 24/05/2012, site bugey-cotiere.fr     

Reconstitutions historiques grandeur nature

Les Bugistes ont eu l’occasion de faire un voyage dans le temps grâce à l’association J.A.M.A.I.S., ce week-end dernier, à Lagnieu. Attachée à la promotion du devoir de mémoire et de la citoyenneté auprès des jeunes, cette association, présidée par Florian Beaufils, un jeune ambarrois, a organisé avec le soutien de la commune une grande manifestation sur le thème de la seconde guerre mondiale, presque comme si on y était.


C’est un hommage qu’ont voulu rendre l’association J.A.M.A.I.S. et la commune de Lagnieu avec “En mémoire d’eux”, une manifestation qui s’est déroulée pendant 4 jours à Lagnieu sur le thème de la seconde guerre mondiale, avec expos, conférences et reconstitutions.
L’expo et le cycle de conférences sur les faits et les conséquences de la seconde guerre mondiale ont permis d’aborder avec précisions plusieurs aspects de la guerre, notamment les événements qui ont amené ce conflit, afin d’en tirer les bonnes leçons pour l’avenir. Mais outre ce côté “scolaire”, l’association a su créer un événement attractif pour tous, jeunes et anciens. Avec le défilé militaire des GI’s américains et des résistants français en tenues de combat juchés sur leur jeep, et les camps des soldats allemands, américains et français reconstitués avec ses tentes et son équipement de l’époque, des véhicules et des répliques d’armes à feu typique de ce conflit, le public ne pouvait que s’y croire avec ces reconstitutions grandeur nature. Selon Florian Beaufils, 1.500 personnes ont été comptabilisées sur deux jours, une influence qui satisfaisait le jeune président de J.A.M.A.I.S. et qui montrait aussi l’intérêt du public pour ce genre d’événement.
“En mémoire d’eux” a aussi été l’occasion d’un rappel de faits qui se sont déroulés sur le secteur pendant la seconde guerre mondiale. Le Musée du cheminot d’Ambérieu, l’une des nombreuses associations partenaires de cet événement, a ainsi tenu une conférence sur les faits d’armes de la Résistance d’Ambérieu et du secteur. Quant à la cérémonie officielle du samedi matin, elle a rendu hommage aux trois Latiniçois fusillés pendant la journée du 11 juin 1944 : René L’Hôte, Henri Gallet et Gustave Ducarre
Lagnieu a fait son devoir de mémoire et a même obtenu une bonne note avec ces quatre jours consacrés au souvenir. 

 

 

 

 

 

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PIETRZYK 09/11/2016 16:00

Bonjour,
Je suis cadre au Lycée Militaire d'AUTUN et je recherche des éléments mettant en avant l'action de Bernard GANGLOFF, enfant de troupe qui fut blessé sur le pont de Neuville sur Ain.
A priori, il aurait participé à l'action sur les locomotives d'Ambérieu.
Pouvez-vous me donner des éléments ?
Je souhaite faire marcher les étudiants sur la trace des maquis de l'Ain afin de mériter de porter le béret.
Cordialement,
ADC PIETRZYK

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