Je dédicace cet article à mon ami Fabrice G., amoureux des vieilles pierres et de nos traditions Bugistes.
Mais au fait, un "grangeon", qu'est-ce que c'est ?
Le grangeon était un abri pour le pressoir et les outils du vigneron.
A l'époque, le vigneron s'en servait également de dortoir après les longues journées de travail dans sa vigne. C'était aussi le lieu de rassemblement lors des vendanges.
Aujourd'hui, il ne reste désormais plus que quelques dizaines de grangeons dans le Bugey et ils ne servent plus guère aux vignerons.
Une certaine littérature touristique s'en est emparé et l'on dit qu'un ramequin dans un grangeon est une étape incontournable de toute visite dans le Bugey...
Pour aller au delà de cette définition sommes toutes très terre à terre, on peut dire que le grangeon, c'est bien plus que cela: extrait de "La Vallée du Bugey" du Baron Achille de Raverat, 1867
Comme tout bugiste qui se respecte, l'homme de Cheignieu-la-Balme a toujours eu un penchant particulier pour la "grangeonmanie".
C'est le cas de mon ami Fabrice pour qui tout Bugiste véritable se doit de posséder son propre grangeon...car le grangeon, c'est l'expression même de la convivialité Bugiste.
Cette attirance naturelle toujours à l'état latent à partir de l'adolescence se développe subitement à l'âge adulte de sorte que le plus paisible de nos concitoyens se trouve soudain fervent "grangeonmane"...avec comme içi ses heureuses conséquences...
Pour preuve, mon ami Fabrice G. construit actuellement son grangeon au dessus du village de Cheignieu-la-Balme.
Il effectue un travail extraordinaire pour déboiser et défricher un terrain perdu en pleine montagne afin de reconstruire, pierres par pierres, un grangeon bugiste.
Le grangeon de mon ami Fabrice en cours de construction.
Sur ce terrain des ceps de vignes avaient été plantés : certains anciens comme Marcel THOMAS, aujourdh'ui disparu, se remémorent avec émotion ce glorieux passé: bien sûr le dur travail de la vigne, une vie entière de labeur, mais aussi tant de moments partagés autour de ce grangeon, des instants de vie et de joie, un temps où les choses étaient à la fois plus simples, plus dures mais aussi plus vraies ...
Dans le Bugey, certains fils et petits-fils de vignerons ou enfants du pays ont encore un peu de ce sang de leurs ancêtres, ils ont comme eux la manie de se réfugier dans ces endroits paisibles où il fait bon vivre, tout simplement.
Fabrice fait partie de ceux-là, je partage sa passion et loue son action, pour que revive un jour les valeurs du passé de nos ancêtres.
Pour Fabrice G., le grangeon, c'est l'abri accueillant, le refuge amical, le lieu de repos et de réconfort, l'endroit privilégié le plus apte à conserver la fraîcheur naturelle, à capter les premiers rayons du soleil, c'est l'asile de paix caché dans le feuillage, le promontoire solitaire qui permet de voir sans être vu, de boire avec les amis, de chanter librement sans déranger autrui, de rire et de vivre en parfaite sérénité.
C'est de cette joie-là, de ce bonheur partagé, qu'à besoin notre civilisation déshumanisée... Alors je dis "Bravo Fabrice !".
Bien sûr un grangeon n'est pas un palace, pas davantage une habitation ni une résidence secondaire, mais un refuge hors classe.
Il en est de tous les genres, c'est ce qui en fait le charme.
Cette construction est parfois élevée en un point quelconque du vignoble, où le vigneron range ses outils, où il prend ses repas au moment des travaux, où il se met à l'abri en cas de mauvais temps ; c'est quelquefois une vieille bâtisse toute simple, amoureusement aménagée de meubles vétustes et tempérées avec des moyens archaïques.
Dans la pratique, ce cachet particulier qui a trait à une autre époque convient très bien pour créer une ambiance agréable et recevoir des amis en toute simplicité, près du feu de bois sur lequel mijote quelque spécialité du cru, en attendant le déroulement d'un repas consommé à la bonne franquette et arrosé avec le vin du pays qui contribue à mettre un peu d'entrain.
C'est au grangeon qu'on fond le ramequin du bugey.
Le Bugiste sait boire, manger et apprécier la vie, en cela, le grangeon est son plus fidèle allié car sa fréquentation procure l'optimisme et la joie de vivre en toutes circonstances
Préparation du Ramequin par Fabrice dans le grangeon
Vous l'aurez compris, le grangeon c'est le refuge des «bons vivants».
Ce n'est donc pas un hazard si Brillat-Savarin possédait son propre grangeon sur le coteau de Manicle, à Cheignieu-la-Balme.

Par-delà ses fonctions techniques, le grangeon est un lieu où l'on se retrouve volontiers pour boire et chanter entre hommes.
Isolés à flanc de coteaux ou formant (souvent) des petits hameaux solitaires extrêmement paisibles, les grangeons sont idéalement exposés et propices aux dégustations du produit de la vigne, à l'abri des fâcheux.
- Les vignerons bugiste fêtent la saint Vincent (22 janvier) au grangeon. C'est l'occasion de festoyer pendant plusieurs jours.
- A Saint-Denis-en-Bugey, des groupes d’hommes se réunissent pendant 2 jours et tous les soirs jusqu'à la saint Blaise (3 février) dans leurs grangeons. Ces «gueuletons» sont désigné en dialecte francoprovençal sous le nom de granzona.
Le grangeon bugiste tient donc également le rôle du carnotzet suisse (cave aménagée où l'on stocke et déguste du vin et des produits de terroir entre amis), avec toutefois l'avantage d’être assez éloigné du village et des femmes pour donner aux propriétaires un grand sentiment de liberté.
Les grangeons aujourd'hui
S'il reste encore des grangeons en Bugey, ils ne servent plus guère aux vignerons et certains n'ont plus vu de vignes depuis des dizaines d'années. La plupart ont été emménagés en résidences secondaires ou sont tombés en ruine.
La Ronde des Grangeons est trail organisée par Ambérieu Marathon, une association sportive de course à pied. Cette épreuve pédestre se déroule sur un circuit vallonné de 16,2 km, comprenant 90 % de chemins de terre ou empierrés et 10 % de routes. Le départ et l’arrivée ont lieu route des Allymes, à Ambérieu-en-Bugey.
Souvenirs d'antan trouvés sur un autre blog, l'hisoire d'une vie...
http://pinpin.allmyblog.com/index.php?hist=1&date_art=04-07-2006