Cet article est tiré du blog "Bugey historique" que je vous conseille vivement :
http://bugey-historique.blogspot.fr/2012/02/la-chartreuse-forteresse-de-pierre.html
Située sur la commune de Virignin, à quelques kilomètres de Belley, à la jonction de la Savoie, du Dauphiné, du Bugey, sur un piton rocheux, dominant le Rhône et le défilé du même nom, se dresse l'ancienne chartreuse-forteresse de Pierre-Châtel.
Je tiens avant tout à préciser que Pierre-Châtel est une propriété privée et que l'accès en est par conséquent formellement interdit.
Elle s'admire depuis le Mont Chevru qui lui fait face, ou s'aperçoit lorsqu'on emprunte la route conduisant en Savoie.
Le lieu servait à la surveillance du Rhône et du port de St Blaise.
Un poste militaire était chargé du contrôle du passage.
Après les grandes invasions, jusqu’au XIe siècle, le site fut le repaire d’un petit seigneur local rançonnant les pèlerins, les voyageurs et les marchands.
La 1e mention officielle de Pierre-Châtel apparaît en 1149 d'après Guichenon : Petra castri, petra castelli, petra castrum.
Les Comtes de Maurienne (Comtes puis ducs de Savoie), qui s'étaient implantés dans le Bugey sur la rive droite du Rhône (du Valromey à Groslée), à partir du règne d’Amédée II (qui avait obtenu en 1077 la seigneurie du Bugey par l'Empereur Henri IV se rendant à Canossa), comprirent l'intérêt de ce site stratégique.
A partir de 1266, ils ont autorité sur la Bresse et veulent relier ces 2 provinces.
L’axe Chambéry-Yenne-Pierre-Châtel-Belley constituera leur voie logistique principale.
aux XIIIe et XIVe siècles
Peu éloigné de Chambéry, capitale de la Maison de Savoie depuis 1232, et de l’abbaye de Hautecombe, au croisement de la voie routière commandant l’accès à la capitale savoyarde et de la voie fluviale, Pierre-Châtel avait une situation privilégiée.
Elle appartenait initialement à la maison de Savoie avant de passer par dot aux Beaujeu.
En 1137 furent construits un pont et un moulin dont les droits et péages bénéficiaient au châtelain de Pierre-Châtel.
Le pont fut détruit par le Rhône et remplacé par un bac durant 6 siècles de 1227 à 1837, confié à la famille Du Port.
Le Rhône de l'époque est fougueux et capricieux et ses crues imprévisibles.
Pierre-Châtel était la voie principale pour se rendre des plaines bourguignonnes aux Alpes. C'était aussi une des routes du sel.
CRÉATION DE L'ORDRE DU COLLIER
En 1362 ou 1364 fut créé l’ordre du collier par Amédée VI, dit le Comte vert, au château de Pierre-Châtel.
C'était un ordre de chevalerie composé de 15 chevaliers appartenant aux grandes dynasties dont le chapitre se tenait à Pierre-Châtel.
Pierre-Châtel devint ainsi le siège d'un des ordres de chevalerie les plus anciens d'Europe.
En 1518, les statuts de l'ordre furent modifiés le Duc Charles III le Bon, qui, par dévotion pour la Sainte Vierge, décida qu'il prendrait dès lors le nom de l’ordre de l’Annonciade.
Il ajouta au collier d'argent doré formé de 15 lacs d'amour entrelacés de roses, qui constituait l'insigne principal de l'ordre, l'image de l'Annonciation au pendant de 3 chaînettes dans un cercle composé de 3 lacs d'amour. L'Ordre compta 5 chevaliers de plus.

Il dominait une première cour intérieure, la haute cour, bordée sur 3 côtés de bâtiments.
La chapelle castrale de 22 m de long sur 6 m de large était située dans la haute cour, en face du donjon. Elle servait, avant la construction de la chartreuse, de lieu de cérémonies de l’ordre du collier. Elle sera transformée par la suite en salle capitulaire par les chartreux.
Par testament, il donne la Maison-forte de Pierre-Châtel avec ses dépendances à l'ordre de Saint-Bruno, pour qu'y soit créée une chartreuse abritant 15 moines chargés de prier à perpétuité pour son âme et celle des chevaliers de l’ordre.
Dix années sont nécessaires à la construction de la chartreuse.
La première pierre est posée en 1393, et fut bénie par l'évêque de Belley Nicolas de Bigne, en présence de 1300 personnes.
« in petri castri beata mariae ».
Jusqu’en 1601, la partie située à l’est conserve sa vocation militaire et le site sera assiégé par Lesdiguières et Biron.
Les Chartreux n’en prennent vraiment possession qu’en 1601.
En 1392, la chartreuse ne compte que le prieur, 6 religieux et un seul frère convers.
Le château est tourné vers l’est, la chartreuse vers l’ouest afin d’en être indépendante et de préserver la règle de clôture des chartreux qui impose le silence et l’interdiction d’accès à toute personne extérieure.
Toutefois, comme dans toutes les Chartreuses, les cellules sont disposées autour du grand cloître. L'appartement du prieur est proche de l'église.
Les bâtiments d'usage commun comprennent la salle capitulaire, la bibliothèque, les cuisines, le réfectoire.
D'autres locaux sont réservés aux hôtes de passage.
La châtellenie de Pierre-Châtel avait été démembrée en 1360.
A l’entrée du défilé, un poste de garde, le bas-fort, assurait le contrôle du trafic.
Durant la période de cohabitation, l’activité militaire du château est réduite.
Les soldats de François Ier, en 1536, chargés d'envahir la Savoie, occupent le site jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis en 1559.
Le Maréchal de Biron, au service du Roi Henri IV, s'empare de la place en 1600.
Le bas-fort se trouve donc inclus dans les territoires annexés.
La chartreuse-forteresse devient frontière.
En cas de troubles, cette garnison était renforcée.
L'entretien de la forteresse était assurée par le gouverneur de Bresse, Bugey, Valromey.
Un petit cloître (aujourd’hui disparu) entre le grand cloître et le château, le logis du prieur, uneLe château fut transformation en bâtiment de service avec installation de la correrie et maison des hôtes pour les visiteurs de marque.
La galerie des frères fut construite devant l’ancienne aula.
De nouveaux bâtiments sont donc construits : une caserne pour une centaine d’hommes, des magasins de stockage, une forge et une poudrière, à l’est du château.
Le bas-fort, tour ronde de 20 pieds de diamètre au toit de chaume, sans pont-levis, servant de simple point de contrôle, est abandonné. Il servira d’abri pour le garde sarde des gabelles et sera détruit en 1780.
Au début de la Révolution, les Chartreux sont chassés de Pierre-Châtel.
Le site est occupé par des militaires. La chartreuse est transformée en casernement.
Une compagnie de vétérans invalides (ici des Hollandais), logée avec femmes et enfants, assure la garde de la place.
Une batterie nouvelle, la batterie de La Balme, à l’ouest de Pierre-Châtel, contrôle le passage du bas sur le Rhône.
Le « fort-cellier », sous la guette, est agrandi et décoré, pour servir de décor à la fête donnée sur les rives du fleuve le 8 novembre 1744 par Antoine-Gilbert de Seyssel en l’honneur de la guérison de Louis XV.
PRISON D'EMPIRE
Une seule évasion eut lieu à Pierre-Châtel : dans la nuit du 8 au 10 mai 1812, 14 détenus attaquèrent le mur devenu friable de l’ancienne écurie où ils étaient enfermés et descendirent le rocher à plus de 10 mètres avec des cordes tressées à partir de leurs couchages. Ils seront tous arrêtés sauf un.
Ecouter Pierre Châtel prison d'Etat au premier Empire
La campagne de France de 1814 :
Le 15 décembre les troupes de la coalition se mettent en mouvement : Bernadotte par la Hollande, Blücher vers l’Alsace et la Lorraine et Schwarzenberg par la Suisse dont la neutralité est violée le 21 décembre.
Une des colonnes autrichiennes, commandée par le feld-maréchal Graf Von Bubna se dirige vers Genève avec comme objectif Lyon.
Les Autrichiens sont à Genève le 26 décembre.
Le 3 janvier, Fort L’Ecluse a ouvert ses portes à l’ennemi sans combattre.
Les colonnes autrichiennes s’enfoncent donc dans le département de l’Ain. Seyssel est occupé.
Les prisonniers sont évacués le 13 janvier par bateau sur le Rhône depuis le port de St Blaise, et dirigés vers Riom et Limoges.
Le 18 janvier, les vétérans sont retirés de la place.
Un détachement du 32e régiment d’infanterie légère et de 14 canonniers d’artillerie marine arrive.
Le 5 mars des canons arrivent de Genève.
Le 23 mars les Autrichiens entrent dans Lyon.
Le Fort l’Ecluse a été repris.
Le 27 mars, les Autrichiens sont à Belley.
Bubna juge nécessaire d’investir Pierre-Châtel pour s’assurer le passage du Rhône.
Le 29 mars les Autrichiens investissent la place en occupant les villages aux alentours.
L’artillerie autrichienne tire depuis les Bancs et installe une batterie sur le Mont Chevru sur la rive opposé du fleuve.
Le 12 avril arrive la nouvelle de l’abdication de l’Empereur.
Dès le retour de Louis XVIII, les prisons d’état sont supprimées. Toutefois, les condamnés à la déportation sont maintenus à Pierre-Châtel.
Un détachement du 76e régiment d’infanterie de ligne est affecté au fort, accompagnant une quarantaine de condamnés.
Napoléon débarque à golfe Juan le 1er mars 1815.
Les « Cent jours » se terminent par le désastre de Waterloo.
Les alliés de 1814 déclarent la guerre le 12 mai.
La garnison de Pierre-Châtel est portée à une centaine d’hommes venant du 60e régiment d’infanterie de ligne. Une plate-forme d’artillerie est construite aux Bancs afin de pouvoir riposter contre des tirs venant de la montagne de Chevru.
Les prisonniers sont évacués le 15 mai.
La garnison est remplacée par une compagnie de vétérans, des renforts de troupe étant nécessaires pour les armées en campagne.
Le 2 juin, Pierre-Châtel est renforcé de 4 compagnies de grenadiers et d’un bataillon de retraités (500 hommes et 7 canons).
Le commandant de l’armée des Alpes, Suchet, veut appuyer sa manœuvre en Savoie sur Pierre-Châtel et en faire un grand dépôt de vivres et de munitions.
Des avant-postes sont installés à Culoz, Lucey, Chanaz, St Rambert, et St Genis.
Mais la défaite de Waterloo stoppe l’offensive de Suchet qui se replie sur Lyon, laissant libres les débouchés vers la Dombes et le Dauphiné.
Pierre-Châtel se trouve ainsi en première ligne, mais ne subit que quelques tirs.
Une convention est signée le 12 juillet entre Garbé et les Autrichiens qui établissent un périmètre de 5 à 10 km autour du fort et neutralisent le Rhône.
Le 30 juillet, le bataillon de retraités est licencié.
Le 22 octobre 1816, la place de Pierre-Châtel redevient place de guerre : fort d’interdiction pour barrer le fleuve si les Austro-Hongrois utilisaient le Lac du Bourget comme base de préparatifs de guerre.
Pierre-Châtel était ainsi considérée comme participant à la défense de Lyon.
La capacité des logements est portée à 300 hommes après les travauxLe pavillon du prieur devient le logement du commandant et des officiers d’artillerie et du génie
Les cellules du grand cloître, le logement des officiers et des soldats.
Le souterrain, une réserve de vivres et stockage des munitions d’artillerie.
L’église, un magasin à paille et à fourrage
Le réfectoire, une salle d’armes
Les locaux des frères (ancien château) avec fours à pain, des cantines et l'infirmerie.
Les bâtiments autour de l’entrée, le logement du concierge, du garde du génie et du garde de l’artillerie.
La compagnie des vétérans était logée dans le bâtiment de l’entrée et dans la caserne du XVIIIe s. aujourd'hui disparue.
1824 : mur d’enceinte continu formant un chemin de ronde
Les ouvrages défensifs évoluent en fonction des progrès des techniques de l’artillerie.
1827 : percement de créneaux de tir dans les murs des bâtiments tournés vers l’entrée pour créer un second étage de feux d’infanterie au-dessus du mur d’enceinte.
A partir de 1859, sont construites 4 batteries, 2 en abri caverne et 2 casemates reliées entre elles par des galeries et vers le fort par un escalier et une communication à ciel ouvert.
Les derniers aménagements :
- Une nouvelle poudrière d’une capacité de 50 tonnes remplaçant celle existante (d’une capacité de 5 tonnes).
- Une caserne à l’épreuve de la bombe, à l’angle sud-ouest du grand cloître.
- A partir de 1847, une batterie casematée ou « grande batterie » de type Haxo placée devant la caserne à l’épreuve, servant de protection contre les projectiles d’artillerie provenant de la montagne de Chevru.
Les travaux durèrent 40 ans, en raison du manque de crédits, de la construction de Fort les Bancs à partir de 1840 et du manque de main d’œuvre sur place, nécessitant d’aller chercher des bras dans les départements voisins et même les pays limitrophes.
Après 1860 et le rattachement de la Savoie à la France, l’importance de Pierre-Châtel diminue pour ne devenir qu’une position d’arrêt de second ordre.
En 1865, les Chartreux font une demande de réintégration de leur couvent qui leur sera refusée.
La place, devenue inutile, est déclassée en 1888-1889.
Les 2 ouvrages servent de casernement, affectés en 1914 à un bataillon du 133e RI puis du 148e, jusqu’en 1921.
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La légende est muette : les lettres à l'intérieur de la gravure ne sont pas accompagnées d'un texte explicatif. Il s'agit de la chartreuse-forteresse de Pierre-Châtel située sur un éperon rocheux isolé surplombant le Rhône à 7 kilomètres de Belley, dans le sud du département de l'Ain. Cette gravure sans indication de date est certainement un extrait de l'ouvrage le plus connu de Claude Chastillon qui fut topographe et ingénieur royal du roi de France Henri IV. Il s'agit de la "Topographie française" éditée en 1641 à titre posthume, contenant cinq cent trente-quatre gravures de villes, villages, châteaux, vestiges du royaume de France. Il faut noter que Chastillon est le dessinateur de l'actuelle Place des Vosges à Paris anciennement Place Royale.
Le fort de Pierre-Châtel et Fort-les-Bancs.
Fort-les-Bancs surplombant le fort de Pierre-Châtel.
Fort-les-Bancs fut érigé au milieu du XIXème siècle pour protéger le défilé de Pierre-Châtel. Sa construction débutée en 1840 fut achevée en 1849 et le fort inauguré en 1850. Fort-les-Bancs n'eut jamais à combattre, il servit de cantonnement et de place d'instruction.
Le « fort-cellier », sous la guette, est agrandi et décoré, pour servir de décor à la fête donnée sur les rives du fleuve le 8 novembre 1744 par Antoine-Gilbert de Seyssel en l’honneur de la guérison de Louis XV.

Ce petit château (miniature) rose visible depuis le pont, barre l'entrée d'un des abris sous roches, il a été construit en 1744 par Gilbert-Antoine de Seyssel à l'occasion d'une fête donnée sur le Rhône en l'honneur de la guérison du roi Louis XV.
Défilé de Pierre-Châtel et Gorges de la Balme
« Désormais le Rhône formera par le milieu de son cours une limité naturelle et sans enclave entre la France et la Savoie, depuis la banlieue de Genève jusqu’au confleunt du Guiers ». Traité de Turin, 1760
Creusé par le Rhône dans les derniers chaînons du Jura méridional, le Défilé de Pierre-Châtel s’étend sur un kilomètre environ entre La Balme et Yenne. Une dizaine d’abris, façonnés par les caprices du fleuve, s’ouvrent dans les falaises des deux rives.
Pour ouvrir le passage un pont suspendu est construit à la Balme-sous-Pierre-Châtel, il permet de franchir le Rhône sur la route reliant à l'époque le Mont-du-Chat à la France, ouvrant ainsi une nouvelle voie de communication entre la France et l'Italie. En 1838, la construction du pont est achevée. La concession de ce pont a été rachetée par l'état aux concessionnaires, en 1860, pour la somme de 120 000 francs.
Celui que l'on traverse de nos jours, a été reconstruit en 1944-1945 suite à sa destruction en 1940.
Les Gorges de la Balme
Les abris sous rochesont attiré des groupes humains à diverses périodes comme l’ont montré les fouilles archéologiques des grottes des Romains, de la Grande Gave et du Seuil des Chèvres. Les civilisations s’y sont succédées pratiquement sans interruption depuis les chasseurs d’il y a 12 000 ans avant JC jusqu’aux gallo-romains. Les grottes du défilé de Pierre-Chatel, une dizaine d'abris sous roche attestent une longue occupation par l'homme préhistorique. La grotte de la Grande-Gave à La Balme fournit des niveaux de l'Azilien au Gallo-romain, avec forte occupation au Néolithique moyen (Chasséen) et Bronze final. La grotte du Seuil des Chèvres a fourni un niveau mésolithique et une forte occupation néolithique.
Une terre de passage :
Les premiers alpins, des chasseurs-cueilleurs, ont pris place sur ce « piémont » savoyard il y près de 15000ans suite au retrait des glaciers du Rhône et de l’Isère. On en retrouve des traces dans les grottes du défilé de Pierre-Châtel et sur le site de St-Christophe-la-Grotte.
Sur la route pour l’Italie, l’avant pays savoyard est marqué très tôt par l’aménagement d’importantes voies de passage dont la voie impériale romaine allant de Vienne à Turin et traversant la cité antique d’Aoste.
Les passages du col du Chat, des cols de l’Epine et des Echelles, continueront de constituer des points de franchissement privilégiés par les voyageurs et marchands.
Cette frontière donnera aux bourgs frontaliers une intense activité liée aux échanges. La contrebande fera également vivre de nombreux petits métiers, notamment au 19ème siècle. Louis Mandrin, arrêté au château de Rochefort en 1755 suite à une violation du territoire savoyard deviendra le plus illustre de ces contrebandiers.
L’année1860 marquera le rattachement définitif de la Savoie à la France, et mettra fin brutalement à toute une économie liée à la frontière.
Louis MANDRIN 1724-1755
Né à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, il est l'aîné de 9 enfants. En 1747, il s'occupe du ravitaillement des troupes combattant en Piémont lors de la guerre de Succession d'Autriche. Il part pour le comté de Nice avec 4 mulets. Avec la paix d'Aix-la-Chapelle, son travail s'achève. Il se trouve ruiné car les fermiers-généraux refusent de le dédommager pour la perte de ses mulets. Révolté par cette injustice et par la misère qui règne dans sa famille, poursuivi en 1753 suite à une rixe qui tourne mal, il est condamné à mort. Il choisit la contrebande. Ses bonnes relations avec les meilleures familles de Savoie et du Dauphiné lui permettent de placer sa fortune entre leurs mains. Il est en bon terme avec M. Le Thoury, propriétaire du château de Rochefort. En 1753, il opère sur la frontière entre la France et la Savoie, avec la complicité des douaniers. En 1754 on le signale à Beaune, à Bourg-en-Bresse, à Rodez, puis le long du Rhône de Chanaz à Champagneux. La France avait établi une garnison à Belley et un détachement à Pierre-Châtel pour le surveiller. Sa dernière campagne se déroule à Beaune entre décembre 1754 et janvier 1755. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1755 des soldats français se saisissent de Mandrin au château de Rochefort où il s'était réfugié. Emmené à Valence, il subit le supplice de la roue le 16 mai. Cette violation du territoire savoyard donnera lieu à des négociations diplomatiques au Traité de Paix de Turin en 1760 : désormais le milieu du Rhône marque la frontière entre la Savoie et la France.
Fait de société, le mythe de Mandrin, bandit bien-aimé, préfigure les tensions sociales exacerbées par le système de la ferme générale, prémices de la Révolution française.







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